La croix de Jésus-Christ

Le livre de John Stott (1921-2011), la Croix de Jésus-Christ, a été publié en anglais sous le titre The Cross of Christ par l’Inter-Varsity Press, la maison d’édition des Groupes Bibliques Universitaires anglais. Il s’adresse à un lecteur qui réfléchit et désire approfondir sa connaissance d’une vérité fondamentale de la foi chrétienne sans en rester à une approche superficielle ou limitée.
L’auteur, théologien, pasteur et homme d’État chrétien a présenté la doctrine de la croix d’une manière particulièrement claire et complète, dans un style agréable à lire, même en traduction. Il a traité le sujet à partir de l’ensemble de l’Écriture et en relation avec la théologie historique et la théologie systématique, sans oublier des applications claires pour la vie chrétienne, soit au cours des chapitres, soit dans la dernière partie du livre.

La croix de Jésus-Christ, dira-t-on, c’est tout simple, il suffit d’en accepter la réalité, de croire à son efficacité, d’en recevoir pour soi les bienfaits spirituels, d’en tirer les conséquences pratiques dans sa vie chrétienne. Mais restreindre la compréhension de la croix à quelques principes même exacts sans les développer ni les approfondir par un enseignement solide, n’est-ce pas risquer une foi et une pratique superficielles, avec même le risque de déviations, plus ou moins subtiles de sa signification et de ses implications exactes.

L’ouvrage se divise en quatre grandes parties :

Une approche de la croix approfondit la recherche sur les causes de la mort de Jésus

Au cœur même de la croix pose le problème du péché et de la sainteté de Dieu : besoin de pardon pour l’homme, de satisfaction pour Dieu avec la solution de l’auto-substitution par Dieu lui-même.

L’œuvre accomplie à la croix, avec l’explication et le développement des concepts de propitiation, rédemption, justification, réconciliation… gloire justice et amour de Dieu… triomphe sur le mal et victoire du Christ.

La vie sous la croix développe les applications pratiques de la doctrine de la croix, soit dans la vie chrétienne personnelle, soit dans la communauté de l’Église.

Cette recension traitera les deux premières parties

La place centrale de la croix

Celui qui ignore la culture chrétienne et trouve la trace de la croix dans l’art, l’architecture religieuse, les cérémonies avec leurs symboles se demandera pourquoi tout converge …vers la croix.

John Stott explique la signification du choix de quelques symboles du christianisme.

Le symbole du poisson, IXTHUS, Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur,

  • I(I, Iota) : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)
  • Χ(KH, Khi) : Χριστὸς / Khristòs (« Christ »
  • Θ(TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »)
  • Υ(U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)
  • Σ(S, Sigma) : Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur ») (d’après Wikipedia)

était le signe de ralliement des premiers chrétiens.

Pour les Pères de l’Église, théologiens qui ont élaboré la doctrine chrétienne face aux hérésies des premiers siècles, le signe de la croix, n’était pas une superstition. Il montrait que l’objet ou l’acte sur lequel il était invoqué était vraiment sanctifié comme appartenant à Christ.

La crucifixion était la peine … la plus abjecte dans l’Antiquité. Inventée par des barbares, elle avait été adoptée par les Grecs et les Romains,… qui en exemptaient habituellement leurs citoyens… Pour les Juifs, le criminel crucifié était sous la malédiction de Dieu
Le corps ne devra pas demeurer sur le bois de l’arbre pendant la nuit; il faudra l’enterrer le jour même, car un cadavre ainsi pendu attire la malédiction de Dieu sur le pays. Veillez donc à ne pas rendre impur le pays que le Seigneur votre Dieu vous donne en possession. (Deutéronome 21.23).
Les ennemis du christianisme tournaient en dérision, sous forme de caricature ou de graffiti l’idée d’adorer un homme crucifié.

La croix  au centre du plan de Jésus

Jésus a été investi par Dieu, son Père, d’une mission particulière, celle de réconcilier les pécheurs avec Dieu par sa mort sur la croix et sa résurrection. Il s’est donc engagé volontairement dans l’obéissance et la souffrance.
Après avoir entendu le témoignage que Pierre fait de sa messianité, Jésus va révéler à ses disciples le but de sa vie :
Et vous, leur demanda Jésus, qui dites-vous que je suis?» Pierre lui répondit: «Tu es le Messie.» Alors, Jésus leur ordonna sévèrement de n’en parler à personne. (Marc 8.29-30)
il annonce ouvertement ses souffrances, sa mort, sa résurrection :
Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup; les anciens, les chefs des prêtres et les maîtres de la loi le rejetteront; il sera mis à mort, et après trois jours, il se relèvera de la mort. (Marc 8.31)
Il le fera deux fois encore, en Galilée et à son arrivée à Jérusalem.

Une détermination étonnante

Le plus étonnant, dans cette triple annonce de la Passion n’est pas la trahison par son peuple … la mort puis la résurrection, ni le titre de Fils de l’Homme destiné à souffrir et à mourir. C’est la détermination, le choix volontaire de Jésus à accomplir tout ce qui avait été écrit à son sujet
Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem. Jésus marchait devant ses disciples, qui étaient inquiets, et ceux qui les suivaient avaient peur. Jésus prit de nouveau les douze disciples avec lui et se mit à leur parler de ce qui allait bientôt lui arriver. Il leur dit: «Écoutez, nous montons à Jérusalem, où le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux maîtres de la loi. Ils le condamneront à mort et le livreront aux païens. Ceux-ci se moqueront de lui, cracheront sur lui, le frapperont à coups de fouet et le mettront à mort. Et, après trois jours, il se relèvera de la mort.(Marc 10.32-34, cf. Matthieu 20.17-19, Luc 18.31-34).

Une mort correspondant à un dessein précisJésus savait que sa mort violente, prématurée, répondait à un dessein précis. Il allait mourir à cause de l’hostilité des autorités juives de son époque,
Les Pharisiens sortirent de la synagogue et se réunirent aussitôt avec des membres du parti d’Hérode pour décider comment ils pourraient faire mourir Jésus Marc 3.6
mais pas avant le temps fixé par Dieu. Après sa prédication à la synagogue de Nazareth,
Ils se levèrent, entraînèrent Jésus hors de la ville et le menèrent au sommet de la colline sur laquelle Nazareth était bâtie, afin de le précipiter dans le vide. Mais il passa au milieu d’eux et s’en alla.(Luc 4.29-30)
Il allait mourir selon « le sort réservé au Messie d’après les Écritures« .

Certes, le Fils de l’homme va mourir comme les Écritures l’annoncent à son sujet, en associant la mort à la résurrection, les souffrances à la gloire promise.
Alors Jésus leur dit: «Gens sans intelligence, que vous êtes lents à croire tout ce qu’ont annoncé les prophètes! Ne fallait-il pas que le Messie souffre ainsi avant d’entrer dans sa gloire?». Puis il leur expliqua ce qui était dit à son sujet dans l’ensemble des Écritures, en commençant par les livres de Moïse et en continuant par tous les livres des Prophètes (Luc 24.25-27)

Trois paroles de la croix sont reprises des Psaumes :

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Pourquoi restes-tu si loin, sans me secourir, sans écouter ma plainte? (Psaume 22.2),
Dans ma nourriture ils ont mis du poison, et quand j’ai soif ils m’offrent du vinaigre. (Psaume 69.22)
Je me remets entre tes mains, Seigneur, toi qui m’as pris en charge, Dieu fidèle. Psaume 31.6)
Elles décrivent la souffrance de la victime innocente qui met sa confiance en Dieu.

Les souffrances du Fils de l’homme et Esaïe 53

Les déclarations de Jésus sur les souffrances du Fils de l’homme (Marc 8.31), venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup (Mc 10.45) dirigent vers Ésaïe 53.
Le Serviteur de l’Eternel y est décrit comme méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance (Esaïe 53.3) blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités … (Esaïe 53.5)… qui justifiera beaucoup d’hommes (Esaïe 53.11).

Une mort librement choisie

Il allait mourir surtout parce qu’il avait librement choisi d’entrer dans le plan …de son Père pour le salut des pécheurs.
Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup. (Mc 10:45)

qui accomplit le dessein de Dieu

D’après les apôtres qui avaient déjà une conscience claire de ce qu’elle impliquait, la mort de Jésus, due à la méchanceté des hommes, accomplit…le dessein de Dieu.
Cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies. Dieu l ‘a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il soit retenu par elle. (Actes 2.23-24)

 La prédication apostolique de la croix

La doctrine de la prédication de la croix par les apôtres repose sur des bases scripturaires solides, le message apostolique porte autant sur la mort que sur la résurrection.

Ainsi Paul prêche un Jésus crucifié

Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus -Christ, et Jésus-Christ crucifié. (1 Corinthiens 2.2 )

Pierre désigne le Seigneur comme celui qui a porté nos péchés et pris notre place

Lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. (1 Pierre 2.24)

La lettre aux Hébreux souligne sa suprématie absolue

Après avoir été élevé à la perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l’auteur d’un salut éternel. (Hébreux 5.9 )

L’Apocalypse surtout le décrit comme le Seigneur de l’histoire, adoré par les êtres célestes

Tu es digne de prendre le livre, et d’en ouvrir les sceaux; car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation (Apocalypse 5.9)

Maintenir la croix à sa place centrale en restant fidèlement attaché à Jésus-Christ.

Décentrer la foi de l’œuvre de la croix, c’est la mort de l’Église  (Forsyth, théologien anglais du début du 20e s. ; la croix est l’unique marque de la foi chrétienne (Emil Brunner, théologien allemand du début du 20e s)

La mort de Jésus-Christ, qui est coupable ?

Jésus a été accusé de blasphème par les Juifs et de rébellion politique par les Romains. Lors de son procès, les tribunaux ont respecté une certaine procédure légale, mais avec un prisonnier innocent, des faux témoins, une parodie de jugement par des hommes (Caïphe, Pilate) dirigés par leur passions.

Pilate

Les Evangiles retiennent plutôt la culpabilité de Pilate et moins la responsabilité des soldats romains dans la crucifixion de Jésus-Christ. Ils font du procurateur romain un portrait peu flatteur, confirmé par l’histoire profane.
Administrateur compétent, c’était un homme méprisant et provocateur, avec un caractère emporté, cruel et violent. Convaincu de l’innocence de Jésus, il fit plusieurs tentatives lamentables pour ne pas le condamner et en même temps ne pas l’acquitter à cause des Juifs, en se déchargeant de sa responsabilité sur ceux-ci.

Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit: Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde.Matthieu 27.24

Mais n’agissons-nous pas, parfois, nous aussi, comme Pilate qui avait la conscience étouffée par les opinions, les exigences des autres, qui était compromis par sa lâcheté.

Les dirigeants juifs

Les Juifs et leurs prêtres sont les responsables les plus directs de la mort de Jésus-Christ. Sans titre ni autorité reconnue, Jésus bousculait les traditions des pharisiens. Il leur reprochait de se soucier des prescriptions cérémonielles de la loi plutôt que de se préoccuper des personnes, de la pureté morale et de l’amour. Mais surtout il se déclarait l’égal de Dieu, ce qui était, à leurs yeux, une affirmation blasphématoire. Au delà des motifs invoqués pour justifier son arrestation, il y avait surtout la jalousie liée à l’orgueil, sentiments qui font regarder Jésus comme un rival qui dérange.

Judas, responsable de sa trahison

Instrument de la Providence pour accomplir les desseins de Dieu ou jouet complice de Satan, Judas reste responsable de son ignoble trahison. Zélote[1] selon certains, il aurait livré Jésus par désillusion politique ou pour lui forcer la main. Mais c’est plutôt son avarice qui explique le calcul sordide de la « vente » de Jésus au prix d’un esclave. Ce même péché est d’ailleurs à l’origine de bien des abus et des malhonnêtetés à toutes les époques.

Tous coupables

Il ne s’agit pas de décharger le peuple juif de sa responsabilité dans la mort de Jésus, même avec des circonstances atténuantes, mais d’être conscient que toutes les nations la partagent et que, nous aussi, nous sommes coupables. Cependant, Jésus n’est pas mort en martyr, victime involontaire du péché des hommes, mais il a choisi de donner sa vie, conformément à la volonté de son Père.

Au delà des apparences

En mourant pour nos péchés, Jésus-Christ a subi notre mort, non comme conséquence de ses péchés, mais comme sanction pénale pour les nôtres. N’ayant jamais péché, il aurait pu retourner au ciel sans mourir, mais il a choisi délibérément la mort que nous méritions.

John Stott propose une démarche théologique à partir des événements de la chambre haute, de Gethsémané et de Golgotha.

Trois leçons de la cène

Par les gestes et les paroles de la Cène dans la chambre haute, le Seigneur visualise pour ses apôtres le sort qui l’attendait, en leur enseignant trois leçons

  • Le caractère capital de sa mort, au centre de ses pensées et de sa mission
  • L’objectif de sa mort qui rend possibles la nouvelle alliance et sa promesse de pardon
  • La nécessité de s’approprier personnellement sa mort.

Jésus-Christ annonce ainsi le remplacement de la Pâque par la Cène en s’identifiant à l’agneau pascal lui-même, en se livrant à la mort en véritable sacrifice pascal.

L’agonie dans le jardin de Gethsémané

crois de Jésus-Christ, John Stott, croixJésus envisageait son épreuve avec une appréhension extrême, une souffrance morale aiguë[2].
La coupe amère est le symbole non seulement de la colère de Dieu pour son peuple désobéissant mais aussi du jugement universel destiné au pécheur. Elle n’est ni la mort ni les souffrances mais l’agonie spirituelle qui consiste à se charger des péchés du
monde et à subir le châtiment divin pour ces péchés. C’est avec cet objectif qu’i entre dans la mort en gardant envers Dieu une confiance sereine et résolue.

Quatre explications ont été proposées au cri d’abandon poussé à la croix

  • Un cri de colère, d’incrédulité et de désespoir de n’avoir pas été secouru au dernier moment. Selon cette interprétation inexacte, Jésus était dans l’erreur et avait manqué de confiance sur la croix
  • Un cri de solitude, « la nuit noire de l’âme » vécue par de nombreux croyants de l’ancienne et de la nouvelle alliance. Cette interprétation est possible, mais elle ne tient pas compte du Psaume 22 : l’expérience d’un homme vraiment abandonné de Dieu.
  • Un cri de victoire, selon le Psaume 22 qui s’achève sur une note de confiance, un cri de triomphe. Mais pourquoi Jésus aurait-il cité le début du Psaume, s’il voulait faire allusion à sa fin ?
  • Le cri de Jésus exprime un réel état d’abandon, un abandon authentique, volontairement accepté par le Père et le Fils, mais sans que l’unité de la Trinité ne soit brisée.

La croix souligne trois vérités fondamentales sur nous-mêmes, sur Dieu, sur Jésus-Christ

  • Le péché est une réalité horrible. Nous devons prendre conscience de sa gravité pour placer notre confiance en Jésus comme Sauveur.
  • La croix fait entrevoir un amour de Dieu dépassant l’imaginable, offert à ceux qui ne le méritent pas.
  • Le salut offert par Jésus-Christ est un don gratuit. C’est le plus puissant stimulant pour une vie de piété et de sainteté.

C.S.

N.B. : les citations littérales ou approximatives de John Stott sont en italique

[1] Mouvement de rébellion contre le pouvoir romain en place
[2] B.B. Warfield dans On the Emotional Life of our Lord