Plan de Dieu et projets des hommes

Il peut être intéressant de remarquer comment interagissent le plan de Dieu et les projets organisés par les hommes.

Projet d’arrêter Jésus

En effet, les autorités religieuses voudraient bien arrêter Jésus, soit au début de la semaine, quand tous les pèlerins ne sont pas encore arrivés, ou alors plus tard, quand ils seront repartis. Il ne faudrait surtout pas que cela arrive en fin de semaine, au point culminant de la fête. En effet la foule est plus nombreuse et de ce fait plus incontrôlable. Certains auraient peut-être profité de l’occasion pour provoquer une échauffourée et par conséquent l’intervention de la troupe d’occupation romaine (Matthieu 26.3-5, cf. Marc 14.2).

Son heure n’est pas arrivée

Mais Jésus les évite soigneusement la nuit et se mêle à la foule pendant la journée. Il ne leur donne aucune occasion de l’arrêter (Matthieu 21.45-46; Luc 20.19; 21.37; 22.2), comme s’il voulait retarder les événements jusqu’au moment prévu par Dieu. Jusqu’au moment déterminé où il sait que son heure est arrivée, il recherche l’incognito. Après la résurrection de Lazare, il s’était retiré à Éphraïm, à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem (Jean 11.53-57) et plus tard, à Béthanie.

Hugues Cousin[2]. souligne l’importance du verbe choisi : il se cacha comme un proscrit/ se retira/ prit le maquis dans une région. Il argumente à propos de la réaction possible de certains lecteurs :

Affirmer que Jésus s’est caché, c’est heurter la foi chrétienne qui présente toujours Jésus comme ayant accepté librement son sacrifice. Le croyant ne peut accepter un Jésus qui chercherait par tous les moyens à échapper à sa passion… Il existe un moyen terme entre le refus de la mort à tout prix et sa recherche, sa quête ; c’est à l’intérieur de cet espace…que s’inscrit le comportement de Jésus.

Un homme libre

Dans cet espace de liberté Jésus montre précisément qu’il est aussi un homme véritable. Il agit en homme, avec maturité, intelligence et perspicacité. Sa relation de filiation et d’obéissance à son Père ne font pas de lui le jouet d’un fatalisme aveugle et absolu.

Maître des circonstances

Il choisit lui-même les circonstances exactes qui vont déclencher le processus de son arrestation. Il oblige ses adversaire à agir d’une manière contraire au plan initialement prévu et à l’accélérer. En effet, il organise discrètement, avec Pierre et Jean, son dernier repas avec ses disciples (Luc 22.8). Et quand tous les convives sont réunis, il prend Judas par surprise. Il lui révèle qu’il est au courant de ses projets de trahison et il lui donne même l’occasion de faire machine arrière.

En phase avec le plan de Dieu

Mais le traître découvert, pris de panique, se précipite chez les chefs : la fête de la Pâque va commencer et il ne reste que quelques heures de la nuit pour agir. Il leur apporte la clé de leur problème : le lieu (et aussi le moment) exact où Jésus se retire la nuit : ils pourront ainsi l’appréhender sans crainte des réactions. Ce temps et ce lieu coïncident avec ceux que Dieu a choisis. Le sacrifice de Jésus aura lieu au temps déterminé précisément, en même temps que celui des agneaux pascals le vendredi, veille du sabbat.

Pour choisir l’heure de sa passion

Et quand il a répondu dans sa prière au jardin de Gethsémané, « Mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe s’éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite! » (Matthieu 26.42) il se lève et s’avance librement à la rencontre de ceux qui sont venus l’arrêter (Jean 18.4).

Le temps de Dieu a rencontré celui des hommes.

C.S.