Seul sur une longue route

Un torrent serpente dans une région montagneuse à la frontière est du pays de Canaan. Un homme seul dans la nuit, seul avec lui-même, seul avec ses pensées, ses souvenirs, son angoisse.

vérité, Jacob, Esaü
Désert de Padam-Aram

Une longue route depuis la région de Paddan Aram, en Mésopotamie du nord, au nord est de la Turquie actuelle

2 femmes, – la plus jeune en attente d’enfant, avec leur 2 servantes, 11 fils et des filles, des serviteurs et un grand, grand  troupeau qui s’étire le long du chemin.

Retour au pays natal

Dieu l’a ordonné. Et il a  déjà donné auparavant deux indices de sa sollicitude

Retourne au pays de tes pères, auprès de ta parenté, et je serai avec toi… Gn 31.3
Je suis le Dieu de Béthel, … où tu m’as fait un vœu. Maintenant, lève toi, quitte ce pays et retourne dans ton pays natal. »
(Gn 31.13)

Mais aussi fuite, à la sauvette.

L’employé, lésé dans sa qualification et son salaire est parti avec les outils de production. Il a emmené avec lui le personnel le plus compétent et les filles du patron pendant que celui-ci avait le dos tourné. Bref, comme on le dit parfois, il est parti avec les chèvres, le lait des chèvres et les mains des bergères….

De qui peut-il bien s’agir ?

C’est bien lui Jacob ( IAKOB) le trompeur

le rusé, debout au bord du Jabbok (IABBOK) le torrent sinueux, qui serpente. L’hébreu aime faire réfléchir avec les jeux de mots construits sur des sonorités.

Jacob le pas droit, le pas franc. Il a toujours serpenté, louvoyé, avec ses solutions à lui pour se tirer d’affaire.Tant pis pour Laban, son oncle et beau–père. Il n’aurait pas dû l’escroquer comme ça.
Le contrat d’embauche : 7 ans pour les beaux yeux de Rachel…Seulement c’est Léa qu’il découvre dans son lit, le lendemain matin de la noce… Contrat renouvelé, 14 ans pour les deux filles, mais à quel prix : querelles, jalousies.

Un gros problème…Mais Dieu est présent

Laban, le beau-père et ex-employeur  le rattrape dans les collines, à l’est du Jourdain. Jacob a quand même toujours de la répartie. « Tu m’as roulé, je t’ai roulé ». Les deux compères sont faits pour s’entendre. Jouer des sales tours est une affaire de famille.

Jacob est sûr de son bon droit. Comprend-il le nouvel indice ? Si tu te tires de ce mauvais pas souligne Laban, c’est bien parce que Dieu m’a parlé en rêve :

Garde-toi de dire quoi que ce soit à Jacob, ni en bien ni en mal (Genèse 31. 24-29)

Laban était le problème. Laban est reparti en paix. Pas Jacob.

Jacob reçoit encore un nouvel indice de la protection de Dieu :

Il rencontre deux anges à Mahanaïm (les deux camps) Gen 32.2-3

Pourtant Jacob tremble devant la plus grosse échéance.

Il faut affronter l’escroquerie gigantesque, son escroquerie à lui !

Jacob le trompeur, né avec dans la main le talon d’Esaü :
« essaie un peu de courir plus vite que moi et je te bloque »

Le récit est bien connu. Jacob a subtilisé le droit d’ainesse, avec une soupe aux lentilles. Il a grugé son vieux père aveugle avec la complicité de sa mère. La bénédiction patriarcale, il l’a bien eue, mais de quelle façon ?

Esaü fou de rage veut l’occire, sa mère affolée cherche des solutions.
File chez mon frère et reste là-bas quelques mois, en attendant que ça se calme.

Il est arrivé chez oncle Laban, les habits sur le dos, le bâton à la main. Plus d’héritage. Plus rien !

20 ans ont passé. Est ce qu’« il » s’est calmé ?  Non !

L’esquive

Quelques domestiques envoyés chez Esaü à Séïr testent le terrain.

Comment mettre toutes les chances du côté de Jacob ? Comment amadouer Esaü ?

Observons un peu les sous entendus de Genèse 32.4-5

Ton serviteur Jacob… Mon Seigneur Esaü ! / oublie que je t’ai piqué ta place d’aîné…

Je reviens au pays … avec beaucoup de bétail / je suis riche, n’aie pas peur, j’en ai largement assez, je ne te réclame rien.

Le calcul ne marche pas. L’escroquerie est restée en travers du gosier d’Esaü.

Un comité d’accueil musclé de 400 hommes marche à sa rencontre (32.7)

Frayeur, angoisse : que faire ? En sauver le maximum ! Calcul. Divisons-nous, pendant qu’Esaü s’occupe des uns , les autres pourront se sauver. Peut-être !

  On récolte ce qu’on a semé…On paie l’échéance…

Prière de la peur, appel au secours de l’angoisse

« délivre moi de mon frère Esaü, car j’ai peur qu’il vienne me tuer, sans épargner ni mère, ni enfant ». (32.12)

Prière du désespoir face aux conséquences inévitables de nos négligences, de nos péchés.

Les multiples crédits ont détruit le budget. L’huissier est à la porte : payez ou je saisis les meubles ! On a mangé et bu toujours au dessus de la limite… Et c’est la maladie…grave, l’hôpital…ou pire.  Ici, c’est une question de vie ou de mort.

La peur donne des ailes… vers le ciel

Si la peur ne pousse pas à la révolte ou à la lâcheté, la peur fait au moins prier. Délivre-moi, j’ai peur… Gn 32.12

Elle fait se rappeler les bienfaits de Dieu : les faveurs que tu as témoignées avec tant de fidélité Gn 32.11

Espérer dans les promesses de Dieu :  Tu m’as dit je te ferai du bien Gn 32.10

Et voici l’idée géniale.. plutôt le calcul tout humain

Apaiser le frère courroucé par un cadeau royal.. ..

cadeau n° 1… cadeau n° 2 …cadeau n° 3, …Esaü recevra un cadeau différent à peu près à chaque heure… De quoi impressionner !

Sa famille mise en sécurité clandestinement de l’autre côté du torrent/ frontière, Jacob est tout seul…

Esaü, voilà mon problème.

580 têtes de bétail habilement réparties.  Les cadeaux seraient-ils la solution ?

  Genèse 32.25-33

25 Jacob resta seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu’à l’aube. Quand l’adversaire vit qu’il n’arrivait pas à vaincre Jacob, il lui porta un coup à l’articulation de la hanche qui se démit pendant qu’il luttait avec lui. Puis il dit à Jacob : – Laisse moi partir, car le jour se lève.
Mais Jacob répondit : – Je ne te laisserai pas aller avant que tu ne m’aies béni. – Quel est ton nom ? demanda l’homme. – Jacob, répondit il. – Désormais, reprit l’autre, tu ne t’appelleras plus Jacob mais Israël (Il lutte avec Dieu), car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu as vaincu. Jacob l’interrogea : – S’il te plaît, fais moi connaître ton nom. – Pourquoi me demandes tu mon nom ? lui répondit il. Et il le bénit là. Jacob nomma ce lieu Péniel (La face de Dieu) car, dit il, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve. Quand il eut passé le gué de Péniel, le soleil se leva. Jacob boitait de la hanche. C’est pourquoi, jusqu’à ce jour, les Israélites ne mangent pas le muscle de la cuisse fixé à l’articulation de la hanche, car c’est là que Dieu avait frappé Jacob
.

Minute de vérité

Pas un bruit, à peine le murmure du torrent en bas… Obscurité complète.

Aïe : une masse d’au moins 100 kg vient de lui tomber dessus.

Esaü ! l’un de ses hommes, son ange, un démon… ! Minute de vérité !

Alors un homme lutta avec lui jusqu’à l’aube.

L’homme, au nom jamais prononcé et Jacob  (IAKOB) s’empoignent (IABAQ) se couvrant de poussière (ABAQ) au bord du torrent (IABBOK).

Toujours illustré par les jeux de mots en Be QKe. IAKOB au bord du IABBOK : sinuer,  serpenter,  tromper. C’est fini.  On s’empoigne (IABAQ) dans la poussière, (ABAQ). On fait face à la réalité.

Le bord du torrent, l’endroit de la lutte : Pas les rives herbeuses et douces des ruisseaux de nos montagnes. Mais des rochers et du sable siliceux qui égratignent le dos de celui qui est à terre.

Jacob se relève, il tient bon, il a encore de la ressource. Il glisse sur la roche, il se retient de justesse. Il s’arcboute, pousse l’autre de toutes ses forces…l’adversaire recule…

Ouou…ouille… aïe … ma jambe ! Un doigt à l’emboiture de la hanche, l’articulation a sauté.

Quand l’adversaire vit qu’il n’arrivait pas à vaincre Jacob, il lui porta un coup à l’articulation de la hanche qui se démit pendant qu’il luttait avec lui. (32.26)

Pantin désarticulé, Jacob glisse. Et pourtant il ne cède pas encore. Il ne lâche pas.

Il a compris qui est l’adversaire. Pas un homme, pas n’importe quel esprit ou ange.

Jacob a toujours fui quand il ne pouvait ni rouler, ni manœuvrer l’autre.

Ici, Dieu lui-même, sous forme de l’ange de l’Eternel, vient lui régler son compte. Il le pousse à bout, dans ses retranchements.

Difficile à imaginer : Dieu attaque quelqu’un par surprise.

Dieu se bat avec lui toute la nuit en se roulant dans la poussière. L’ange de l’éternel, la manifestation de la 2e personne de la Trinité, le Logos pas encore incarné en Jésus-Christ s’attaque à un homme. Il lui flanque des coups tellement physiques.

Dieu se roule avec Jacob dans la poussière

le spirituel n’est jamais détaché du réel. Dieu aime tellement cette poussière dont il a fait l’homme qu’il viendra lui-même s’incarner, devenir homme en Jésus-Christ. Il viendra vivre comme un homme, vivre les souffrances des hommes et mourir sur la croix pour nos péchés bien réels.

Jacob a compris. II a toujours lutté pour profiter des bénédictions mais en passant sur les autres, quitte à les faire souffrir.

Au moment de la plus grande douleur qui le jette à terre, quand toutes ses ressources sont anéanties, il s’accroche à son adversaire et le retient pour ne pas s’écrouler.

C’est la première étape : la crise

Dieu attire l’attention

Jacob, XXX, oui, toi,  tu ne peux pas gagner, tu t’épuises de plus en plus… Que vas tu faire maintenant ?

Dieu veut attirer son attention, notre attention.

On ne change pas, à moins d’être mal à l’aise, mal dans sa peau. On ne change pas tant qu’on ne se sent pas malheureux. On ne change pas avant de se trouver en pleine crise. C’est Dieu qui provoque la crise pour attirer l’attention.

La mère aigle secoue le nid de son jeune. Puis elle le fait tomber pour l’obliger à apprendre à voler – pour son bien .

Dieu agit ainsi dans nos vies. Il nous met dans une situation difficile si c’est nécessaire pour nous motiver. Il sait ce qui est le mieux pour nous et il veut que nous progressions. Il permet une crise, un problème, une irritation ou une frustration dans nos vies pour attirer notre attention. Cette crise est nécessaire. Quand la souffrance est plus forte que notre peur du changement, alors nous réfléchissons. La crise est la première étape du changement dans nos vies

La 2e étape, la persévérance

Laisse- moi partir, car le jour se lève.

l’Eternel retenu par les bras d’un homme blessé, l’Eternel qui ne peut ou ne veut pas se dégager mais demande de le laisser partir

– Je ne te laisserai pas aller avant que tu ne m’aies béni

Jacob a déjà été béni plusieurs fois. Mais ici, changement radical, c’est un abandon, une conversion.

Jacob  persévère dans sa situation difficile jusqu’à la bénédiction.
Blessé, épuisé – Mais engagé à 100% jusqu’à ce que Dieu le bénisse.

Dieu attire notre attention par une crise. Mais il ne donne pas toujours de solution rapide. Notre problème, nos soucis du moment résolus, c’est bien, mais pas encore satisfaisant. Dieu nous invite à entrer dans une véritable relation avec lui.

On rate les bénédictions de Dieu pour toute la vie, si on les limite à un tout petit moment de la vie. Mon problème est réglé. C’est tout ce que je demande. On entend parfois parler de personnes miraculeusement guéries d’une maladie grave ou incurable. Elles ont remercié Dieu pour ce miracle. Mais elles ne sont jamais allées plus loin….Le chemin avec Jésus était-il trop difficile ?

La troisième étape : la confession des péchés

Quel est ton nom ? Que signifie ton nom ? Qui es-tu vraiment ?

Jacob ; Oui c’est moi, le tricheur, le magouilleur, l’arriviste. Oui je l’avoue.

Toute vraie conversion exige la repentance, la reconnaissance de son péché. Jacob avoue ses faiblesses, ses fautes, ses péchés. Il est enfin honnête.

C’est un processus important. Dieu agit dans notre vie quand nous reconnaissons devant lui nos péchés, nos faiblesses et nos fautes. Quant à notre problème particulier, il nous faut souvent reconnaître notre part de responsabilité.

« Si nous confessons nos péchés, il (Dieu) est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et pour nous purifier de toute injustice » 1 Jean 1: 9

Mais ce n’est pas fini

Lutter avec Dieu et vaincre

Tu ne t’appelleras plus Jacob mais Israël  car tu as lutté  (sarita) avec Dieu et les hommes et tu as vaincu.

Israël, Dieu combat. Comment l’homme peut il lutter avec Dieu et l’emporter, vaincre  ?

Victoire possible seulement si Dieu s’approche de lui, se met à sa portée, se laisse attaquer en retenant sa force. Dieu aurait pu jeter Jacob à terre à la première seconde. Dieu agit avec grâce.

Victoire

La victoire de Jacob, c’est reconnaître l’échec de tous ses efforts, de tous ses calculs.

Comme le rappelle Osée, « Il lutta avec l’ange et il sortit vainqueur, il pleura et le supplia.» Osée 12.5

La victoire, c’est saisir Dieu, non comme un moyen de réaliser ses objectifs ou d’échapper à des difficultés. C’est saisir Dieu comme un trésor désiré pour lui-même et non pour ce qu’il accorde

Mais même s’il ne nous délivre pas… diront  les trois Hébreux au roi Nabuchodonosor… devant la fournaise.

Plus « donne moi –ci, empêche ci, fais réussir ça », mais  S’il te plaît, fais moi connaître ton nom ?

Jacob s’en doute bien. Agir avec une telle puissance et parler avec une telle autorité sont les prérogatives de Dieu seul.

Connaître le nom de Dieu

Pourquoi me demandes tu mon nom ? lui répondit il. Et il le bénit là.

Dieu répond à la question par une autre question comme pour dire : réfléchis, tu as déjà compris. Mais le nom divin ne sera pas prononcé. Il ne peut être utilisé au gré de l’homme.

Connaître le nom de Dieu, c’est connaître Dieu, c’est l’aimer de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force… c‘est le suivre

Vivre par la grâce de Dieu

Jacob nomma ce lieu Péniel car, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve.

Jacob a survécu à la lutte, au face à face avec Dieu. S’il vit maintenant, c’est par la grâce de Dieu. Si la réconciliation avec son frère est possible, c’est parce qu’il a d’abord été accueilli par Dieu.

Quand il eut passé le gué de Péniel, le soleil se leva. Jacob boitait de la hanche.  C’est pourquoi, jusqu’à ce jour, les Israélites ne mangent pas le muscle de la cuisse fixé à l’articulation de la hanche, car c’est là que Dieu avait frappé Jacob.

Les marques de la lutte

Jacob peut passer la frontière, entrer dans le pays promis. Pas comme un fier conquérant, mais comme un infirme, un boiteux. Il a gardé dans son corps les marques de la lutte. Souvenir de la victoire et rappel de la fragilité de la créature devant son créateur. Il ne peut plus faire confiance à son pouvoir ou à sa propre force. Il ne peut compter que sur son Dieu, sur l’amour et la puissance de Dieu pour tenir debout.

Fin aussi de la solution de facilité : faire un mauvais coup et prendre la fuite. Jacob doit affronter toute situation en face, en particulier celle qu’il a provoquée : Oui, je reconnais ma responsabilité, ma faute, mon péché. Que Dieu me vienne en aide !

Et voici la 4e étape, l’amitié avec Dieu, à son service

Après sa rencontre avec Dieu, la vie de Jabob ne sera plus la même. Dieu a vu les faiblesses et les fautes de Jacob, mais aussi son potentiel. Dieu sait ce qu’il peut attendre de lui. Si nous lui faisons confiance, Dieu sait toujours faire ressortir le meilleur de nous-mêmes.

Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Jn 15.15

Jacob est aussi un exemple pour nous. Malgré ses fautes et ses péchés, Dieu l’a choisi pour être le chef d’une grande nation, Israël.

Ainsi, Dieu peut utiliser des gens ordinaires pour faire des choses extraordinaires. Les pécheurs qui se repentent de leur péché  et se tournent vers le Christ pour être sauvés, il en fait un peuple saint, à son service.

Plus tard, après l’esclavage en Egypte, les Israélites entreront dans le pays promis. Pas à cause de leur nombre mais parce que l’Eternel les a choisis et les aime (Dt 7.7-8).

Et après l’exil ils y seront ramenés ni par la bravoure ni par la force, mais par l’ Esprit de l’Eternel (Zac 4.6).

Qui est Dieu pour moi aujourd’hui ! Est ce que je connais son nom ?

Est –ce que j’aime Dieu à cause de ce qu’il peut faire pour moi ? Ou est ce que je l’aime à cause de ce qu’il est ? Est ce que je l’aime de tout mon cœur, de toute ma force, de toute ma pensée ?

Est-ce que je suis prêt à le suivre ?

C.S.