Le procès de Jésus devant Pilate qui se déroule au prétoire, le tribunal romain,  est la pièce maîtresse du récit  de la Passion du Christ.

Une certaine autonomie juive sous administration romaine

Depuis l’an 6, Judée, Samarie et Idumée sont administrées par un procurateur romain. Il exerce le commandement militaire dans le cadre d’une juridiction autonome avec toutefois une certaine dépendance à l’égard du légat gouvernant la province de Syrie Le procurateur possède un pouvoir presque absolu sur les juifs et il est directement responsable devant l’empereur. Mais aussi longtemps que l’autorité impériale est maintenue et les impôts romains acquittés, les Juifs jouissent d’une relative autonomie. La religion juive est reconnue comme culte officiel de la région ; les décisions juridiques du sanhédrin ont force de loi, sauf pour la peine de mort qui doit être ratifiée par le procurateur.

le procès de Jésus devant Pilate

Inscription de Pilate à Césarée Maritime

Pilate, indécis ou plutôt brutal et obstiné

Depuis dix ans, cinquième procurateur de Judée, le Romain apparaît dans les Évangiles comme un homme indécis, cherchant à sauver Jésus mais dépassé par les événements. Il semble plutôt, d’après les témoignages de Flavius Josèphe dans Guerres juives (p. 169-177), et Philon d’Alexandrie dans delegatione ad Gaium qu’il était brutal et obstiné, « un homme naturellement rigide, têtu dans sa dureté, plein de ressentiments, excessivement colérique ». Il méprisait les Juifs et leurs coutumes et n’était pas disposé à leur accorder des faveurs.

Impopulaire par ses provocations

Il se rend très impopulaire par une série de provocations qui suscitent une résistance unanime dont il ne sort finalement jamais vainqueur.

Le défilé des drapeaux romains à Jérusalem, et plus tard les boucliers avec portraits et effigies de l’empereur suspendus sur le palais d’Hérode heurtent le sentiment monothéiste qui interdisait les images. Quant à la construction d’un aqueduc aux frais du trésor du Temple, elle donne lieu à une manifestation violemment réprimée, avec plusieurs morts. Voir aussi Luc 13.1.Pilate finit toujours par céder, soit à la pression de la foule, soit aux ordres de l’empereur à la suite de plaintes des notables juifs.

Cet homme qui représente le pouvoir quasi absolu de Rome a créé un tel précédent par son manque de diplomatie antérieur qu’il s’est en quelque sorte lié les mains d’avance. Les dirigeants juifs sauront en profiter.

Des dirigeants juifs décidés à faire mourir Jésus

Non seulement ils exigent d’être reçus en audience aux premières heures du matin, mais ils refusent d’entrer dans le prétoire de peur de se souiller par scrupules religieux. Ils craignent une contamination rituelle qui les aurait empêchés de célébrer la Pâque le soir venu . Quant à des scrupules moraux ou juridiques, cela semble ne pas même les effleurer. Jean a fait cette remarque avec une note d’ironie  caustique. Ceux qui mettent tout en œuvre pour  faire mourir Jésus sont pointilleux en matière de loi. Ils prennent garde à ne pas “ se souiller ” du point de vue rituel mais le font certainement du point de vue moral et juridique.

Sentence de mort à confirmer

En effet, ils espèrent que l’affaire se conclura vite. En effet, la procédure d’exequatur rend exécutoire un jugement prononcé par une autre juridiction. Le Romain devrait donc, à leur avis, confirmer la sentence qu’ils ont préparée par leur interrogatoire.

Devant le Sanhédrin, Jésus a été reconnu coupable de blasphème pour s’être proclamé Fils de Dieu. C’est bien ce que les chefs religieux réaffirment en disant au procurateur romain que Jésus  doit mourir “selon la Loi” (Jean 9.17).

Mais ils savent aussi que, pour le pouvoir romain, le blasphème est d’ordre religieux et ne constitue pas un chef d’accusation recevable.

Motif d’accusation modifié pour le rendre recevable

Ils modifient donc le motif d’accusation. Passant du religieux au politique, ils accusent Jésus d’être un dangereux agitateur, un de ces « messies » guerriers qui soulèvent le peuple et l’excitent à la révolte (Jean 18.30, Luc 23.22). En fait, dans leur pensée, les deux griefs sont indissociables : une perturbation dans la sphère religieuse pouvait provoquer des désordres sociaux, politiques et amener  le pouvoir romain à réagir.

En effet la période de la Pâque avec son afflux de pèlerins, son effervescence des jours de fête est favorable à ce type de manifestation. La troupe venue en renfort de Césarée Maritime est en place et on vient  d’arrêter quelques zélotes ou sympathisants coupables de meurtre au cours d’une sédition (Marc 15.7) Quelle occasion rêvée pour les chefs religieux et les sadducéens de se rendre le pouvoir romain favorable en livrant un agitateur de plus.

Mais Pilate décide d’un procès selon les règles

Mais le procurateur refuse et décide d’ouvrir un procès conforme aux procédures romaines légales. En effet, le zèle des chefs sadducéens, favorables aux Romains à dénoncer un compatriote qui n’avait pas encore attiré l’attention des troupes romaines lui paraissait suspect.

Gouverneur d’une province sénatoriale, il avait une compétence juridique particulière. … Le procès, surtout quand la peine capitale était en jeu, n’était pas conduit par un juge indépendant avec un jury local, mais par le représentant de l’empereur exerçant à la fois les fonctions de magistrat et de juge. Celui-ci pouvait donc organiser et mener les débats à sa guise. Les représentants de l’empereur étaient tenus de respecter les règles essentielles de droit, sinon ils risquaient d’être dénoncés à Rome par les pouvoirs locaux

En déclarant  “ Prenez-le, vous, jugez-le selon votre loi ” (v. 31b), Pilate veut les obliger à dévoiler leurs  intentions.

Il les renvoie à leur propre loi, sachant très bien qu’elle n’a plus d’effet exécutoire : ils n’ont pas la possibilité d’exécuter un condamnation à mort. De plus, il se moque d’eux et il les humilie en les forçant en quelque sorte à déclarer eux-mêmes devant lui qu’ils n’ont plus d’indépendance politique ni juridique (Jean 8.6-7) :

“ Il ne nous est pas permis de mettre quiconque à mort ” (v. 31d).

Jésus face à Pilate

Il interroge ensuite Jésus sur le thème du pouvoir et du royaume : es-tu le roi des Juifs? (Jean 18.33)

Le procurateur sait que Jésus n’est pas roi puisque la royauté n’existe plus depuis que les procurateurs préfets romains ont remplacé les rois tels Hérode autrefois reconnus par les Romains.

Si Jésus répond affirmativement, il se placerait d’emblée dans l’illégalité en ajoutant son nom à la liste des contestataires issus de mouvements politico-messianiques, Athrongès, par exemple, le berger qui se déclara roi quelque temps après la mort d’Hérode. Il serait coupable, selon la loi Julia du crime de lèse-majesté, commis contre le peuple romain et sa souveraineté (Digeste 48.4.4).

Jésus innocent

La réponse de Jésus ne laisse aucun doute sur son innocence. Ses affirmations sur « une royauté qui n’est pas de ce monde » montrent au procurateur qu’il  n’a aucune visée politique pouvant présenter un quelconque danger pour le pouvoir en place. Ce dernier serait donc prêt, comme le fit un de ses successeurs dans des circonstances similaires, à le déclarer irresponsable et à le laisser partir

Peur du mécontentement des Juifs

Mais le procurateur craint que cette décision opposée à leurs exigences ne provoque le mécontentement des chefs juifs. Il les sait capables d’agir comme ils l’ont déjà fait à d’autres occasions :  avertir les autorités supérieures, disant qu’il a libéré un dangereux activiste, provoquer une manifestation de protestation parmi la foule qui viendrait s’opposer au verdict d’innocence ou les deux à la fois.

Partie de ping-pong  coupable/innocent

On assiste alors tout au long de ce procès à une partie de ping-pong entre le procurateur et les chefs religieux sur le thème « coupable, non coupable », avec des solutions de traverse pour se débarrasser du problème.

Un premier essai de fuite, ou manœuvre juridique et politique bien comprise : il  envoie le prévenu à Hérode (Luc 23.6-12) Jésus est Galiléen ; quoi de plus normal que de transmettre son cas à la juridiction dont il dépend. Mais Hérode ne se charge pas de l’affaire et lui renvoie Jésus.

Deuxième tentative pour  mettre la balle dans le camp de l’adversaire : il propose , selon la tradition, de libérer un prisonnier de leur choix. Il est au courant des acclamations de la foule quelques jours auparavant. Peut-être vont-ils à nouveau choisir Jésus ? Il pourrait donc le libérer sans prendre le risque de s’engager personnellement.

C’est bien Barabbas qu’ils réclament ! 

Un brigand , un voleur mais aussi selon Flavius Josèphe un séditieux, c’est à dire un terroriste de la révolte antiromaine (Marc 15.7 et Luc(23.19). Ironie grinçante : les Juifs réclament la libération d’un rebelle antiromain, eux qui ne tarderont pas à professer une fidélité inconditionnelle envers l’empereur.

Jésus flagellé pour attirer la pitié des Juifs

Enfin, il fait battre Jésus de verges et le présente au public en piteux état. La flagellation est la première étape avant l’exécution capitale, un châtiment, certes cruel et humiliant, mais qui prouve que le chef romain  n’a trouvé dans le prisonnier aucun crime passible de peine capitale. Il estime suffisant de l’avoir ainsi traité et il n’y a  pas de raison d’aller plus loin en le condamnant à mort comme ses adversaires le réclament (18, 31).

Il pense ainsi attirer la pitié des Juifs qui se contenteraient de ce châtiment. :Voici votre roi. Cela échoue encore. Poussés par les chefs, ils rejettent Jésus (crucifie, crucifie) et déclarent leur préférence pour le pouvoir romain (Jean 19.14-15).

Pilate les amène, pour finir, à renier leur souveraineté nationale, c’est-à-dire en réalité celle de Dieu sur son peuple.

Pilate abandonne la partie

Finalement, il abandonne totalement la partie quand la menace le concerne personnellement : si tu le relâches, tu n’es pas ami de César (Jean 19.12).

Par cet argument politique, les Juifs veulent frapper un grand coup susceptible d’abattre toutes les résistances du juge. Le Romain veut  relâcher Jésus. Qu’il le fasse, mais dans ce cas il ne se comportera pas en ami de César. Il rompt de ce fait avec l’empereur. D’“ ami ” il devient ennemi.

Menaces de dénonciation

Ils ne se contentent pas de convaincre le procurateur de  trahison s’il remet Jésus en liberté.  Il y a dans leurs paroles une menace voilée de dénonciation auprès des instances supérieures de l’Empire.

…Et contre sa conscience et sa conviction profonde que Jésus était innocent, il le leur livra pour être crucifié (Jean 19.6).

Un échec inévitable ?

Cet échec du chef romain à « sauver Jésus » , à éviter de le condamner à mort était-il inévitable ?

A-t-il agi de la manière la plus sensée ?

On peut en douter en observant la manière dont il s’adresse à la foule : comme c’est parmi vous une coutume  que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque , voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? (Jean 18.39)

Cette coutume est un privilège accordé aux Juifs. La libération doit correspondre à un désir de leur part. Or, non seulement les juifs n’ont pas demandé qu’on leur relâche Jésus, mais ils sont là uniquement pour qu’on le condamne.

Celui que le procurateur cherche apparemment à remettre en liberté est désigné par lui du titre de “ roi des Juifs ”. C’est là l’expression même de sa mauvaise volonté. Il n’a aucune chance d’aboutir et fait tout pour échouer.

Comment en effet supposer que les Juifs, fermement décidés à obtenir la mort de Jésus, aient pu changer d’attitude en l’entendant paré d’un titre qu’ils contestent, titre chargé en outre d’un mépris qui les offense?

A-t-il été le jouet d’une collusion  entre les chefs religieux et la foule ?

Comment retourner une foule et l’utiliser pour forcer la main à un magistrat ? Que sont devenus les admirateurs de la semaine précédente ? Étaient-ils Galiléens alors que devant le prétoire, il s’agirait de  Judéens, moins favorables à Jésus ? Quoi qu’il en soit, ces gens venus là pour demander la libération d’un prisonnier. Il est facile de les influencer pour qu’ils paraissent faire un choix spontané, mais déjà induit par les autorités.

Menace d’une agitation populaire

La foule est donc utilisée par les chefs religieux pour forcer la main au Romain. S’y ajoute la menace implicite d’une agitation populaire s’il ne lui accorde pas ce qu’elle demande, c’est à dire  Barabbas. Il y a déjà eu des précédents, cités par Flavius Josèphe et Philon. Les autorités seules n’auraient pas suffi à obliger le chef romain à condamner Jésus parce que entre le procurateur et eux,  la discussion se situe au plan juridique.  Et là elles  n’ont aucune chance même si elles tentent de présenter Jésus comme une menace pour le pouvoir. Il est préférable que ce soit la  foule qui intervienne parce que là, on ne se situe plus sur le plan juridique ou rationnel mais seulement émotionnel avec la menace que tout devienne  incontrôlable à un moment particulièrement délicat. Le procurateur alors se verrait  précipité dans une situation qu’il ne pourrait pas contrôler  vu le petit nombre de ses soldats par rapport à la foule. Ou alors, serait-il contraint de faire agir la troupe, comme il l’avait déjà fait, avec des conséquences désastreuses, pour lui en particulier ?

Complice d’un activiste ou dénoncé pour ses exactions

Avec la menace de le dénoncer à l’empereur comme soutien d’un activiste rival du pouvoir en place, donc complice d’un coupable du crime de lèse-majesté qu’il aurait libéré au lieu de le punir comme il se doit, ou alors en dévoilant les exactions commises pendant son mandat, l’échec du préfet de Judée est évident et inévitable.

le procès de Jésus devant Pilate

Ponce Pilate, le préfet de Judée a érigé un bâtiment dédié à l’empereur Tibère. L’inscription originale, trouvée dans les fouilles du théâtre de Césarée Maritime, est conservée au Musée d’Israël à Jérusalem

Lors de l’affaire des boucliers, rapportée par Philon d’Alexandrie, il a été  violemment désavoué par Tibère… Le paragraphe 302 est une rétrospective de ses activités :

“ Il tremble que si effectivement ils députaient une ambassade, ils n’allassent fournir des preuves de sa culpabilité pour tout le reste de son administration en donnant le détail de ses concussions, de ses violences, de ses rapines, de ses brutalités, de ses tortures, de la série de ses exécutions sans jugement, de sa cruauté épouvantable et sans fin ”

En disant à Pilate que s’il relâchait Jésus, il n’était pas “ ami de César, “ les juifs ont utilisé  leur argument le plus efficace. Le procurateur n’avait certainement aucune envie que l’empereur Tibère, alors sur l’île de Capri, malade d’une maladie répugnante, rempli de suspicion et plein de colère et de désir de vengeance, apprenne qu’il a pris parti pour un prisonnier accusé de crime de lèse majesté. La punition risquée était la confiscation des biens, la révocation de la fonction officielle, l’exil ou parfois pire. Le procurateur était sûr que le sanhédrin juif aimerait envoyer un tel rapport à l’empereur. Il a perdu courage avant que la menace ne se précise. ” .” J.W. Shepard, The Christ of the Gospels (Grand Rapids: Eerdmans, 1939), p. 591.

Jésus condamné par pression politique

Pilate ne pouvait donc qu’échouer et il s’en lave les mains, c’est à dire en rejette la responsabilité sur les Juifs. Dans son esprit, il a fait ce qu’il a pu mais certainement pas ce qu’il a dû. Il n’a pu assurer la justice contre des gens qui n’en ont pas envie et ont beau jeu de lui rappeler des injustices antérieures. Il cède à la pression et condamne Jésus pour motif politique de rébellion et lèse majesté  selon ce qui est écrit sur  le titulus : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». L’écriteau n’exprime pas le fond de sa pensée  : Je l’ai échappé belle, j’ai éliminé un dangereux rival de l’empereur, il  peut m’en être reconnaissant !

Les Juifs se torpillent eux-mêmes

En effet, l’idée de royauté est un faux argument auquel personne n’attache une véritable importance. Et même pire, cela amène les autorités juives à se torpiller en déclarant nous n’avons pas d’autre roi que César et que son sang retombe sur nous et sur nos enfants (Matthieu 27.25) Ils ont commis l’erreur la plus monumentale qui soit en condamnant toute leur descendance pour se tirer d’affaire. Pourtant c’est Jésus lui-même qui dira sur la croix, Père, pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’il font (Luc 23.34).

Jésus crucifié comme séditieux

Jésus fut donc crucifié par le pouvoir romain occupant comme “séditieux”; sur l’ordre du préfet romain. Le préfet de Judée mettra en application une disposition que l’on trouve dans le Digeste – connu également sous le mot grec de Pandectes -, sous la plume du juriste Paul. Si la publication officielle du digeste est du 16 décembre 533, sur ordre de l’empereur Justinien, les textes réunis sont anciens et, pour ce qui concerne les dispositions pénales, elles étaient d’une particulière stabilité dans le monde romain. Le texte sur lequel se fondera donc le chef romain, même si aucune sentence écrite ou prononcée n’a été mentionnée, doit être le suivant: “ Les auteurs de sédition ou de troubles en excitant le peuple ou bien sont portés en croix, ou sont jetés aux bêtes, ou sont déportés dans une île, suivant la classe sociale à laquelle ils appartiennent ”

Pilate, responsable devant l »histoire

Pilate porte donc devant l’histoire la responsabilité de la condamnation à mort de Jésus. Cette responsabilité n’est atténuée ni par les manœuvres des chefs des juifs pour l’y contraindre – car le préfet de Rome avait pour lui la majesté du droit et la force des armes – ni par les vociférations de la foule, malgré son étrange pouvoir sur les esprits faibles qu’une attitude résolue eût fait taire. Sa responsabilité est une responsabilité entière dans le procès historique de Jésus.

Quelques semaines après les événements de la semaine pascale, Pierre et Jean s’adressent à la foule étonnée par la guérison d’un homme boiteux de naissance. Il  lui rappellent  encore  sa culpabilité à propos de la mort de Jésus , comme ils l’avaient déjà fait à la Pentecôte quelque temps auparavant.

Mais victoire du Christ

Mais ils proclament en même temps à nouveau la victoire du Christ déclaré Seigneur, victoire démontrée par sa résurrection, victoire sur tous ses accusateurs, sur les calomniateurs, les faux témoins, les pouvoirs politiques et religieux, sur les puissances qui tentent de dominer le monde.

…le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, qui était d’avis qu’on le relâche. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez fait mourir le Prince de la vie que Dieu a ressuscité des morts; nous en sommes témoins.

Et  en déclarant :

Et maintenant, frères, je sais que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos chefs. Mais Dieu a accompli de la sorte ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous ses prophètes, que son Christ devait souffrir,

ils soulignent que la perspective de Dieu, infiniment au delà des actions négatives ou même destructrices des hommes pouvait même aller jusqu’à relativiser cette culpabilité en faisant passer au premier plan  la nécessité des souffrances et de la mort de Jésus en vue du salut.

On peut dire globalement que tous ceux qui d’une manière ou d’une autre rejettent le Christ le font par ignorance, même ceux qui directement ont provoqué sa mort. Mais il faudrait aussi ajouter que c’est une méconnaissance du plan éternel de Dieu et non une ignorance dans le domaine de la morale et de la justice.

C’est Jésus seul qui connaissait vraiment le plan de Dieu pour lui. Il a vécu selon ce plan, en toute connaissance de cause, conscient des moindres intentions des hommes, pressentant leurs calculs, leurs complicités, leurs ambitions religieuses et politiques. Mais il leur annonce toujours la possibilité du pardon et de la grâce, la proximité du Royaume de Dieu  en sa personne et par ses actes de puissance et de libération.

Il est allé au supplice de la croix,  sans pratiquement prononcer une parole, sans se défendre devant un tribunal inique, sans protester devant la lâcheté et l’étalage des intérêts personnels et des inquiétudes politiques. Il a refusé de s’abaisser au niveau des tactiques humaines et a choisi d’avancer jusqu’au bout dans la voie de l’obéissance, disant :

Voici, je viens (Dans le rouleau du livre il est question de moi) Pour faire, ô Dieu, ta volonté (Hébreux 10.7).

Sa Passion est l’aboutissement d’un conflit qui l’oppose à l’incrédulité d’un monde qui le rejette, mais elle est surtout victoire sur ce monde et sur ses dirigeants, visibles ou occultes. Et paradoxalement, ceux qui ont le plus visiblement contribué à cette victoire, sont les juifs de Jérusalem, les chefs religieux et le procurateur romain. Leur rôle dépasse leur position historique et finalement rejoint, sans qu’ils en aient été conscients, le plan éternel de Dieu. Ils ont concouru, par leur refus et leur hostilité destructrice, à la gloire du crucifié, qui pourtant n’accepte pas la gloire venant des hommes, mais seulement celle qui vient de Dieu (Jean 5.41,44) ;

C’est ce que Paul rappellera plus tard aux Corinthiens :

Nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait prédestinée pour notre gloire, sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire (1 Corinthiens 2.8).

C.Streng