Le juste vivra par la foi, un défi aussi pour des chrétiens tentés par la régression

L’auteur de la lettre aux Hébreux (10.38 ) reprend le texte d’Habakuk « Le juste vivra par la foi » avec l’inspiration d’un auteur du Nouveau Testament.
La situation des chrétiens auxquels il s’adresse est assez proche de celle du prophète de l’Ancien Testament et de ses contemporains. Il s’agit de chrétiens tentés par la régression, le retour en arrière dans une Église en crise face à un monde hostile.

 

Rappelez-vous au contraire les premiers temps où, après avoir reçu la lumière de Dieu, vous avez enduré les souffrances d’un rude combat. Car tantôt vous avez été exposés publiquement aux injures et aux mauvais traitements, tantôt vous vous êtes rendus solidaires de ceux qui étaient traités de la même manière. Oui, vous avez pris part à la souffrance des prisonniers et vous avez accepté avec joie d’être dépouillés de vos biens, car vous vous saviez en possession de richesses plus précieuses, et qui durent toujours.
N’abandonnez donc pas votre assurance: une grande récompense lui appartient.
Car il vous faut de la persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu vous obteniez ce qu’il a promis.
Encore un peu de temps, un tout petit peu de temps, et celui qui doit venir viendra, il ne tardera pas.Celui qui est juste à mes yeux vivra par la foi, mais s’il retourne en arrière, je ne prends pas plaisir en lui.
Quant à nous, nous ne sommes pas de ceux qui retournent en arrière pour aller se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour être sauvés.

Hébreux 10.32-38

L’auteur de la lettre aux Hébreux s’adresse à des chrétiens qui vivent une situation de persécution. Ils sont tentés par le retour en arrière.
Il les appelle à réfléchir, à se souvenir de l’exemple qu’ils ont eux-mêmes donné.

Fidélité dans la persécution

Il rappelle d’abord la fidélité passée de la communauté (v. 32-34) : Souvenez-vous. Ensuite il invite à la persévérance (35-39) – N’abandonnez pas –  cette communauté de chrétiens à qui est promise la réalisation de la grande promesse d’Habakuk.

Ces chrétiens nouvellement convertis puis rapidement persécutés sont des juifs d’origine, assimilés à la colonie juive qui vit à Rome.
Pendant le premier siècle de notre ère, sous l’empire romain, les chrétiens n’étaient pas encore différenciés des Juifs. Les Juifs avaient un statut juridique assez favorable. Le judaïsme était une religion licite – permise. Mais d’après le témoignage d’un auteur latin “Comme les Juifs provoquaient constamment des troubles à l’instigation de Chrestus – probablement une référence au Christ, – l’empereur Claude les chassa de Rome » en 49. Aquilas et Priscilla, les collaborateurs de l’apôtre Paul étaient de leur nombre (Actes 18.2)

Il y a sans doute eu de l’agitation et des troubles entre des Juifs qui se convertissaient à la foi chrétienne et des Juifs qui s’y opposaient violemment. Il ne faut pas s’en étonner quand on lit dans le livre des Actes les remous provoqués contre Paul et les nouveaux convertis.
Déjà à partir de 41 les restrictions, les tracasseries commencent : on interdit les réunions, les chrétiens continuent tout de même à se réunir, on les jette en prison, on confisque leurs biens.

Ils sont exposés publiquement, (offerts en spectacle) aux injures, aux mauvais traitements : les païens leur attribuent des vices et des pratiques épouvantables; les Juifs les accusent d’être les responsables de leurs problèmes.
Non seulement ces chrétiens tiennent bon, mais ils rendent un bon témoignage de solidarité avec ceux qui sont persécutés, ils ont de la compassion – certainement pratique – pour ceux qui sont jetés en prison.
Ils sont dépouillés de leur biens : habitations confisquées par les magistrats, ou alors squattées ou même vandalisées après leur emprisonnement ou leur départ en exil. Meubles et objets personnels volés, éparpillés dans la rue, détruits…
Mais ces chrétiens dépouillés de leurs propriétés, de leurs biens terrestres (34b), savent qu’ils ont de meilleures possessions (34c), de meilleurs biens qui durent toujours. Ne vous amassez pas des trésors sur la terre…. mais dans le ciel. Matthieu 6.19-20.

Mais découragement et tentation de la régression

Cependant, à force d’épreuves, la lassitude, le découragement finissent par s’installer et font leur ravage. L’auteur sait bien à quelle tentation ils sont confrontés:
ou bien le retour en arrière, revenir au judaïsme pour échapper à la persécution,
ou peut-être faire profil bas, s’isoler, se retirer.

L’auteur de la lettre les avertit et les encourage : N’abandonnez pas votre assurance. Une grande récompense lui appartient

Cette assurance, cette hardiesse, le chrétien les développe en se confiant dans la grâce de Dieu qui l’aide à vivre pratiquement son salut. Au-delà des difficultés il peut diriger sa pensée, son espérance vers les récompenses éternelles promises. Mais il ne s’agit pas de rêver, d’attendre la vie au ciel en restant passif…
Non, il faut de la persévérance, de l’endurance, le courage de continuer malgré tout, de ne pas tout laisser tomber. Il faut de la hardiesse pour suivre l’exemple du Christ, pour continuer à annoncer la Parole, à vivre l’Évangile dans un contexte hostile ou indifférent.

Persécutions du passé et du  présent

Cirque de Rome, dragonnades des Cévennes, génocides, emprisonnements, assassinats à cause de la foi…
Mais aussi l’ambiance du monde actuel : toutes les formes de spiritualité se valent, « tu as ta vérité, j’ai la mienne ». « Toutes les religions sont bonnes, pourvu qu’on les pratique… » … mais surtout pas trop ! : « la religion appartient à la sphère privée »…

Pourquoi la hardiesse et la persévérance sont-elles demandées à la communauté qui attend la réalisation de la promesse divine ? L’auteur va l’expliquer. Comme tous les écrivains du Nouveau Testament il cite Habakuk dans sa version grecque avec quelques modifications inspirées…

Habakuk revisité

Encore un peu, un peu de temps: celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas.
Et mon juste Celui qui est juste à mes yeux vivra par la foi;
mais s’il retourne en arrière, je ne prends pas plaisir en lui

Il ajoute d’abord Esaïe 26.20 – encore un peu, un peu de temps – une invitation à la persévérance
La vision annoncée devient  celui qui doit venir. Il viendra et il ne tardera pas. C’est un événement absolument certain : le retour glorieux du Seigneur.

Fidélité, marche en avant ou retour en arrière ?

Deux attitudes sont alors mises en opposition : la fidélité, la marche en avant ou la défection, le retour en arrière
Mon juste vivra par la foi, une foi commencée à la conversion qui continue dans la durée, une foi qui démontre sa fidélité au Christ face aux difficultés, aux souffrances, et même à l’absence de délivrance, comme pour plusieurs des héros de la foi du chapitre 11

Mais s’il se retire, (retour en arrière) , je ne prends pas plaisir en lui
Celui qui se retire, c’est « celui qui flanche, qui défaille »

Un risque mortel

L’auteur avertit aussi ceux qui seraient tentés d’échapper à la souffrance et à la déception en se repliant sur eux-mêmes, en se cachant, en s’isolant de la communauté. Pour lui, c’est la voie ouverte vers la trahison, l’apostasie.

Nous ne sommes pas de ceux qui retournent en arrière pour aller se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour être sauvés.

Cet avertissement contre la régression semble sévère pour des chrétiens en situation de crise…Mais l’auteur exprime pour eux un intérêt pastoral passionné. Il s’associe à eux par le « nous », il proclame sa certitude qu’ils persévéreront malgré tout en gardant la foi, la fidélité persistante, jusqu’à leur réunion avec le Seigneur.

C.S.