Les rudiments du monde : une expression biblique familière mais obscure :

Colossiens 2.16-23 permet d’expliquer une expression biblique familière, mais malgré tout obscure: «les rudiments du monde». En y réfléchissant nous nous apercevrons vite qu’il ne s’agit pas d’un détail anecdotique, mais de l’essentiel de la vie chrétienne pratique.

Dès le début de sa lettre, Paul donne un très bon témoignage de cette Église. Il y a là des chrétiens soucieux de suivre leur Seigneur et de mener une vie spirituelle d’un bon niveau (1.4-5) .Il peut donc leur parler de réalités spirituelles profondes, telles que 1.27b ou 2.3 ; 9-10.

Et puis au 2e chapitre on trouve nombre d’exhortations et de mises en garde qu’on aurait peut-être crues inutiles avec un pareil public : 2.4 ; 8… Ont-ils fait quelque chose de mal, commis des erreurs ? Des gens venus chez eux leur ont parlé avec ardeur de la piété, de la sanctification. Ils leur ont montré avec vigueur combien un chrétien doit s’engager dans un travail sur lui-même pour que les choses changent en lui. Le pardon des péchés, c’est un bon point de départ, mais il faut maintenant devenir pieux, mettre son corps sous contrôle, l’habituer à renoncer à quantité de choses réputées mauvaises, réprimer ses pulsions et ses tendances mauvaises. Plus le corps est mis en tutelle, plus l’esprit devient libre pour s’élever et s’attacher à Dieu.

Y a-t-il quelque chose de faux dans cet enseignement ? N’y a-t-il pas plutôt une grande sagesse dans ces paroles ? Et puis voyez le mode de vie de ces enseignants, leur zèle et leur fidélité ! Sur le plan personnel ils sont modestes, réservés  et se contentent de peu. De plus ils ont de sérieuses connaissances, même des révélations qu’on n’entend pas ailleurs. C’est tout de même autre chose que le paganisme débridé de la société grecque ambiante.

Ou, pour revenir à notre époque, c’est plus sérieux et convaincant qu’une certaine théologie libérale à la mode, même si c’est nettement plus exigeant. C’est autrement plus crédible que de dire : il y a mille et un chemins qui conduisent à Dieu. Ou encore toutes les religions sont bonnes, pourvu qu’on soit sincère.

Oui, mais on est quand même en pleine religion, dans les rudiments du monde, dans ce que Paul a en tête quand il écrit les v. 22b-23.

Alors, que représentent plus précisément ces éléments ou rudiments du monde ?

rudiments du monde Le mot grec stoicheia « éléments dans une série » (2 Pierre 3.10, 12; Galates 4.3, 9; Colossiens 2.8, 20) peut désigner :
– Les lettres de l’alphabet à la suite les unes des autres, d’où A B C, « principes élémentaires », (Hébreux 5.12)
– Les composantes des corps physiques : terre, eau, air et feu
– Les corps célestes, (planètes, étoiles)
– Les anges ou esprits

Il peut donc s’agir des rudiments de l’enseignement religieux avant la venue du Christ ou des éléments constituant l’univers physique, ou des êtres ou puissances spirituels agissant à travers des réalités physiques ou célestes.

Les « éléments »  peuvent aussi  désigner une autorité humaine (archaï : principautés, dominations). En les associant avec exousia (autorité, puissance) Paul montre qu’il les considère comme des puissances spirituelles.  Les archontes (princes)  de ce monde pourraient être  des autorités politiques animées par des puissances spirituelles  (Daniel 10.20-21)

rudiments du monde

Diane chasseresse au musée du Louvre

Paul fait une liste des puissances spirituelles : seigneuries, (kuriotes), trônes (thronoï) en  Colossiens 1.16, Éphésiens 1.21)

Accès à Dieu contrôlé par des puissances spirituelles

Selon un certain enseignement donné à Colosses l’accès à la présence de Dieu était contrôlé par des puissances spirituelles (Col 2.8, 20). Pour obtenir le salut, il ne suffisait pas de se convertir au Christ, de le regarder comme le seul médiateur. Il fallait aussi se soumettre à la médiation de ces puissances spirituelles. Elles recommandaient de soumettre la chair pour bénéficier d’une vision céleste. Mais ces puissances spirituelles ont été créées pour servir le Christ. Il n’y a qu’un seul Dieu le Père et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui toutes choses existent (1 Corinthiens 8. 5-6)

Vaincues par la victoire du Christ à la croix

Ces puissances spirituelles ont été vaincues et désarmées par la victoire triomphale  du Christ à la croix (Colossiens 2.13-15). Ainsi les croyants ont été arrachés au pouvoir des ténèbres et sont passés dans le royaume du Fils bien aimé de Dieu (Colossiens 1.13). Le croyant n’a donc pas à craindre les puissances spirituelles, même si elles ont encore un certain pouvoir  (Romains 8.37-39) car elles seront finalement détruites (1 Corinthiens 15.24-25)

Dans les rudiments du monde, on est en pleine religion

Le faux enseignement dénoncé par Paul à Colosses ? …

Il faut reconnaître ce qui est bon, utile, qui aide à avancer. Mais toutes les belles façades ne cachent pas des arrière-cours fleuries et ensoleillées. Tout dans notre monde actuel se concentre sur l’apparence, la surface, le look, l’image. Tout est fait pour nous dissuader de regarder plus profond, d’aller au fond des choses, même quand elles sont séduisantes au premier regard.

Ce qui est faux dans les religions

Pourquoi les religions, malgré leurs bonnes intentions et leur volonté affichée d’aider les hommes, ne les aident-elles en fait pas, mais les détournent-elles de Dieu et les vaccinent en particulier contre le Seigneur Jésus ?

Une relation brisée, remplacée par des « produits de substitution »

En Eden le diable est parvenu par son insinuation mensongère, à casser la relation vitale que Dieu avait établie entre lui et l’homme. Mais il sait que l’homme a besoin de Dieu (il le sait bien mieux que l’homme lui-même). Alors il a inventé et invente encore des produits de substitution pour satisfaire ce besoin de Dieu. Il a tout un hypermarché plein d’ersatz extrêmement variés, parfois bien coûteux, de produits de synthèse de sa fabrication, bourrés d’ingrédients louches, agrémentés de tant de conservateurs, d’artifices et de colorants qu’ils ressemblent à ce qui vient de Dieu.

Un système à la mesure de l’homme

Pour ceux qui se contentent de peu et d’un horizon limité, un système élémentaire comme la religion grecque ou romaine (Colosses) suffit : l’homme y trouve divinisées ses pulsions, ses passions et sa manière de vivre, avec un minimum d’exigences. Pour des gens plus exigeants, plus cultivés, il faut une philosophie élaborée, une doctrine de purification ou de sanctification moins faciles. Pour le monde christianisé aussi on a le choix dans une vaste gamme de conceptions de la Bible et de son application à la vie.

Des religions pour tous les goûts

Il y a bien mille et un chemins censés conduire à Dieu. A cela l’homme ne trouve rien à redire : il en faut pour tous les goûts, chacun déclare honorer Dieu ou diviniser l’homme. Et il n’est pas anormal que la religion qu’on s’est choisie – ou bricolée- ait quelques exigences : on ne peut pas vivre n’importe comment.

Le diable bien camouflé

Et puis petit détail significatif : très peu de ces religions admettent l’existence d’un diable, la plupart se moquent de cette idée bizarre, avec certains courants chrétiens en tête de file ! C’est significatif, parce que c’est de la bonne stratégie guerrière. Un ennemi ne claironne pas sa venue et ne distribue pas de tracts pour se faire connaître avant de venir. Il avance toujours déguisé, camouflé ; l’idéal étant qu’on croie qu’il n’existe même pas.

Sa stratégie illustrée par Caïn et Abel

Cette stratégie du diable et cette différence essentielle entre la religion et la pensée de Dieu sont idéalement illustrées par Caïn et Abel. Ils sont frères, c’est à dire ils ont eu la même instruction de base. Les voilà adultes, cherchant à rendre à Dieu un culte par eux-mêmes et non plus sous la conduite des parents.

Caïn et Abel - rudiments du monde et liberté dans le ChristAbel adopte comme ligne de conduite la révélation reçue de Dieu par l’intermédiaire de ses parents et de son habillement quotidien : il offre à Dieu une vie innocente à la place de la sienne pécheresse. Caïn est heureux et reconnaissant des produits que Dieu lui a accordés à travers son travail d’agriculteur et il en offre une partie à Dieu.

Jusque là tout semble en ordre : l’un comme l’autre a le souci d’honorer Dieu. Et quand c’est Dieu qui marque une claire différence entre les deux pratiques, Caïn ne va pas demander à Abel pourquoi Abel ne fait comme lui. Il n’envisage pas que sa voie soit mal inspirée, inspirée non pas par Dieu, comme pour Abel, mais inspirée par le mal, le péché, le diable tapi à sa porte. C’est Dieu qui lui dit cela, qui dénonce la source du problème et lui ouvre donc la solution.

La religion comme rébellion contre Dieu

Mais Caïn persiste dans sa conception du culte à rendre à Dieu, comme si elle valait celle d’Abel révélée par Dieu. C’est là que les deux voies divergent totalement. C’est là que la religion, le culte inventé par l’homme se révèle comme une rébellion contre Dieu, une prétention humaine d’imposer à Dieu une façon de l’honorer. L’homme dit à Dieu qu’il sait mieux que Dieu quel est le culte adéquat !

Il est donc bien vrai que le diable se cache derrière toute forme de religion, même d’apparence chrétienne : l’homme choisit lui-même sa façon d’honorer Dieu, sans s’inquiéter de savoir si Dieu a révélé la bonne façon et en tout cas sans se soucier de se conformer à cette révélation. Dans la religion l’autorité, en dernière analyse, c’est l’homme ou le diable, mais pas Dieu.

Le meurtre comme rébellion et rejet de la révélation

Le premier meurtre de l’histoire a pour cause la rébellion contre Dieu et plus exactement le rejet de sa révélation. Et à travers tous les âges et dans notre siècle plus que dans tous les précédents ces mêmes meurtres se poursuivent, parfois entre religions, mais surtout de la part des religions contre la foi biblique. Exactement pour la même raison. L’erreur ne supporte pas la vérité, dont la simple existence la dénonce comme mensonge. La vérité ne tue pas les gens, mais les fausses idées, en conduisant ceux qui l’accueillent à la vie, hors du mensonge. « Si donc c’est le Fils qui vous affranchit, alors vous serez vraiment des hommes libres. » (Jean 8.36)

Appelé à la liberté dans le Christ

Le chrétien perturbé par les rudiments du monde

Les chrétiens de Colosses sont clairement nés de nouveau et attachés à la Parole de Dieu. Or parmi eux aussi le diable cherche à gagner de l’influence. D’où les avertissements de Paul.

Satan ne peut annuler la réalité du pardon des péchés, alors il cherche des moyens de perturber le déroulement de la vie chrétienne. Il sème le doute, l’inquiétude sur la réalité certaine du salut, il entraîne dans le monde et en fait miroiter les attraits pour amener le chrétien à prendre de la distance envers les choses de Dieu, il le surmène de travail pour qu’il n’ait plus de temps à lui, de temps pour sa vie spirituelle. Il lui envoie certains enseignants qui lui offrent des cours de soutien sur la manière de devenir plus pieux, c’est à dire exactement ce que Paul dénonce dans Col 2.16-23.

Il appelle cela les rudiments du monde, le système, les principes élémentaires, les puissances spirituelles qui régissent ce monde. Autant de manières de définir les religions où se mélangent à mille degrés divers ces deux choses : des conceptions humaines et des forces spirituelles diaboliques. Le chrétien pris dans son souci de faire des progrès ne s’aperçoit pas toujours qu’il est ainsi entraîné par l’ennemi dans un nouvel esclavage.

Vivre la liberté par une relation vivante avec Jésus-Christ

Et face à cette immense panoplie de pièges Paul déclare au v. 20 et en Galates 5.1 : C’est pour vivre cette liberté que le Christ nous délivrés.

Liberté ! Le mot le plus tabou que connaissent les hommes. C’est l’aspiration profonde de tous les hommes. Aucun système politique, religieux ou philosophique qui a le pouvoir ne supporte ce mot-là, sauf pour lui-même.

Libérés par le Christ des conceptions et exigences religieuses

Étant morts avec le Christ, nous sommes dégagés de tout lien venant de ces conceptions et exigences religieuses. Et quand nous avons mis toute notre confiance en Christ, il nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1.12), chose réalisée par le Saint-Esprit . Si donc c’est le Saint-Esprit qui nous a ainsi introduits dans la vie spirituelle, croyez-vous qu’il va nous laisser là, à l’entrée du chemin : « Maintenant, va-s-y, débrouille-toi » ? Non, c’est lui qui nous conduit, inspire, fortifie à chaque pas pour avancer sur ce chemin de liberté (Galates  5.16). C’est également lui que Dieu a chargé de nous faire reconnaître les tentations et mensonges et à les surmonter.

Relation vivante avec le Christ et pas soumission à des règlements pieux

Inutile donc de se soumettre à des instructions et de règlements, même très pieux d’apparence. Par Dieu Christ a été fait pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption (1 Corinthiens 1.30). Il m’attire dans une communion de cœur avec le Seigneur, me fait aimer sa Parole et me montre mon besoin de m’en imprégner. Et ainsi il m’ancre progressivement dans une relation vivifiante qui se traduit dans un comportement et une mentalité qui reflètent mon Seigneur. C’est ainsi que se réalise pratiquement : « Si vous demeurez dans ma Parole, vous êtes vraiment mes disciples ; vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira. » (Jean 8.31-32). Et quand la Parole ne demande de faire quelque chose, Christ nous donne aussi les moyens de le faire. C’est lui qui produit en nous le vouloir et le faire (Philippiens 2.13).

Echec d’une vie chrétienne vécue à la manière d’une religion

La vie chrétienne conçue à la manière d’une religion, avec un rapide contact avec Dieu une fois de temps en temps, est condamnée à l’échec. Vous aurez peut-être envie d’appeler ça la corde raide, parce que il ne s’agit de s’écarter ni à droite, ni à gauche. Le Seigneur, lui, l’appelle le chemin étroit. A côté, des deux côtés il y a quantité d’autres chemins plus larges, plus faciles qui semblent même aller dans la même direction en promettant un voyage bien plus agréable, apparemment. Mais comme dit le proverbe : En toute chose il faut considérer la fin ou l’aboutissement.

Voulons-nous un chemin facile, que ça roule sans même qu’on y pense tellement ? Voulons-nous le chemin qui conduit au Père céleste. Alors il faut prendre la réalité comme elle est : Je suis le chemin, la vérité, la vie. Nul ne vient au Père que par moi. (Jean 14.6)

Révélation biblique et pas religion

Là aussi se marque la différence radicale entre révélation biblique et religion. Faire moi-même telle ou telle œuvre ou mettre toute sa confiance en celle que Jésus a accomplie pour nous. Vivre avec la perpétuelle question : ai-je fait tout ce qu’il fallait. Ou vivre avec l’assurance éternelle : c’est le Christ qui a accompli tout ce qu’il fallait. Il m’en fait bénéficier par amour.

J.J.S.