Je comme unique, la maturité dans nos relations,

Un livre de Jeanne Farmer, publié aux éditions Empreinte Temps Présent, en 2003.

maturitéFormée en  psychologie et spécialisée en thérapie familiale, Jeanne Farmer se rattache à « l’approche systémique de Murray Bowen », un des fondateurs de la thérapie familiale aux Etats-Unis (p.6). Il préconise la responsabilisation de l’individu dans ses propres domaines et le respect de la « responsabilité chez les autres » (p. 7). Il définit « la différentiation de soi » (p.7) comme la capacité de rester soi-même dans des relations proches.

Jeanne Farmer complète l’approche de Bowen avec sa « compréhension de la pensée biblique » pour la rendre accessible aux lecteurs peu familiarisés avec les termes comme « différenciation de soi et « triangles ».

 La maturité, un qualité peu évidente

La maturité, « sagesse, … maîtrise de soi, compassion », se remarque souvent par son absence dans des comportements infantiles ou irrationnels. On le voit en particulier chez les personnes qui manquent de hauteur de vue. Elles donnent des proportions exagérées au détail négatif ou choquant. Elles sont incapables d’apprécier la valeur d’une personne ou la relativité d’une situation.

Age et connaissance de la Bible ne procurent pas systématiquement la maturité spirituelle, comme le montrent les conflits dans les Eglises et chez des couples chrétiens.

Pour Jeanne Farmer, « notre connaissance de Dieu grandit en proportion …de notre connaissance de nous-mêmes, donc le côté émotionnel et le côté spirituel sont liés »… Ainsi « la vie spirituelle est une relation de personne à personne, non une pratique ».

Chapitre 1 : Qu’est-ce que la maturité?

Manifester une maturité de disciple du Christ

Devenir des disciples de Jésus-Christ incite à grandir dans la maturité, la ressemblance au Seigneur. Mais comment y arriver en gardant l’équilibre entre une vérité qui se partage sans s’imposer et un amour qui se donne au dehors sans négliger les proches ?

Plus que dans « la pratique religieuse » ou « le style de vie » (p. 10), la maturité se manifeste dans une relation d’amour avec Dieu, une relation inséparable de celle avec les autres.

La responsabilité de soi et son domaine d’application

la maturité est « fondée sur la responsabilité de soi » (p. 11), celle qu’avaient Adam et Eve avant la chute. Malheureusement, elle a été rejetée ensuite sur les autres. C’est une solution de facilité toujours pratiquée alors que chacun a un domaine de responsabilité à gérer, ne serait-ce que sa vie personnelle (Romains 14:12) . Chacun a ainsi l’autorité et les capacités de gérer la création, comme dans la parabole des talents (Luc 19). Si ces qualités limitées sont bien exercées aujourd’hui, elles auront leur plein accomplissement dans l’administration du Royaume de Dieu.

Maturité et discernement

La maturité rend apte à discerner non seulement le bien et le mal mais aussi la meilleure conduite, la mieux motivée, pour nous et les autres. Elle permet en particulier de « réguler sa réactivité » (p. 13), d’avoir des réactions adéquates même dans les situations familiales sensibles qui nous touchent de près. Ce rôle régulateur du « cerveau reptilien » contrôle « les fonctions automatiques du corps, la respiration… et les réflexes de survie » (p. 14). Il nous aide ainsi à éviter un accident de la route ou une situation gênante.

Conscience de soi et maîtrise des émotions

La conscience de soi est un privilège de l’être humain. Elle permet le dépassement de la réaction instinctive et de l’émotion incontrôlée ainsi que la maîtrise de notre conduite en fonction de nos principes de vie et de notre réflexion. Cette « différentiation de soi » (p. 15, selon Bowen) est une « autonomie émotionnelle » (p. 16). Elle permet de réfléchir par soi-même, surtout dans des relations proches qui impliquent souvent des comportements émotifs et des réactions plus instinctives qu’adaptées. Elle tient compte de nos émotions mais elle apprend aussi à les discipliner, à choisir « une ligne de conduite …indépendante… des pressions et de nos réactions à ces pressions » (p. 16)

Chapitre 2 : Le royaume de ma vie

« Ce sont mes actes, mes paroles, mes pensées et mes émotions, ma vie spirituelle et toutes les relations qui me sont propres » (p. 19).

Exprimer nos besoins sans jouer aux devinettes

Donc je dois les gérer en exprimant mes besoins à bon escient, sans imaginer que les autres sont capables de lire dans mes pensées.

Ne pas nous croire responsable des réactions de l’autre

Devant la souffrance de l’autre, nous nous sentons souvent ou parfois coupables de ne pas parvenir à la soulager malgré nos efforts. Cependant, « notre responsabilité vis à vis d’un proche se limite à ce que nous faisons pour lui » (p. 20). Mais nous ne sommes pas responsables de son bonheur  ni de sa réaction aux événements de la vie, ni de ses reproches injustifiés à cause de son irritation pour des motifs futiles. En effet, rester maîtres de nos émotions est difficile, surtout dans des situations de stress où les « états d’âme » (p. 21) des autres déteignent sur nous. Nous avons la responsabilité de vivre en paix dans notre champ des relations, dans la mesure où cela dépend de nous (p. 21, Romains 2.18), mais nous ne pouvons forcer une réconciliation refusée.

Ne pas nous mêler des relations entre deux autres personnes

« Les relations dont nous ne faisons pas partie ne nous appartiennent pas ». Donc nous n’avons pas à nous mêler « des relations entre deux autres personnes » (p. 22). Les limites entre les domaines de responsabilité permettent de savoir qui est responsable ou non et de quoi. Dieu nous a donné les forces suffisantes pour gérer notre royaume, « nous occuper de nos affaires » mais pas pour nous mêler « de la façon dont quelqu’un d’autre gère sa vie » (p. 22). S’il s’agit d’un enfant mineur, la responsabilité des parents consiste à « structurer son environnement (p. 23), à l’encadrer …efficacement ». Ils imposeront des limites à respecter sous peine de punitions qui décourageront les mauvaises actions.

Pas responsables de tout mais pas irresponsables

Nous ne sommes pas responsables de tout et de tout le monde. L’image du joug (Matthieu 11:28-30) nous montre que Dieu ne nous demande pas de porter une responsabilité trop grande pour nous. En revanche, si nous renonçons à notre autorité, si nous trouvons des échappatoires pour avoir la paix à bas prix, nous sommes dans l’irresponsabilité et non dans la maturité.

Classer par importance les éléments de notre vie

« Bien gérer notre royaume » (p. 24), c’est classer selon leur importance les différents éléments, engagements et relations, en mettant le plus important en premier pour avoir encore du temps pour le reste. C’est l’image du verre rempli d’abord avec les plus grosses pierres, le gravier, le sable et à la fin l’eau. L’auteur propose de placer nos engagements et nos relations selon des cercles concentriques.

D’abord l’écoute de Dieu. Elle est prioritaire pour mettre « de l’ordre dans tout le reste de notre vie » (p. 26) mais n’est pas de l’activisme religieux.

Puis la relation avec notre corps, à maintenir en bon état et avec notre psychisme qui a besoin « d’amour… et de relations saines » (p. 28).

Ensuite la relation avec nos proches, couple et enfants, les frères et sœurs en Christ et les autres (p. 28). Notre responsabilité, va du plus intime au plus étendu selon les injonctions de la Parole (1 Timothée 5:8 et Galates 6:10). Celle-ci nous aide à gérer notre temps et à trouver plus « d’ ordre et d’équilibre » (p. 29).

Chapitre 3 : Les relations à deux: le défi de la tolérance

Dire la vérité avec amour

Le principe de base des relations entre deux personnes, consiste à « dire la vérité avec amour (p. 29). Vérité et amour, les deux à la fois, mais sans réaction de colère en assénant la vérité ou lâcheté en fuyant la réaction d’un proche à une vérité difficile à entendre. « L’amour et la vérité permettent d’absorber et de guérir les blessures émotionnelles » (p. 31). La vérité permet de repartir sur des bases saines, dans une relation blessée. L’amour « protège, nourrit et répare ». Dire la vérité avec amour est difficile à cause de la crainte de blesser ceux dont nous dépendons. C’est un souvenir de « la petite enfance où notre survie » (p. 32) est entièrement liée à nos parents.

La chute, paradigme des difficultés relationnelles

La chute d’Adam et Eve « contient en germe toutes nos difficultés relationnelles ». Elle éloigne de la dépendance de Dieu qui enrichit par les différences et la responsabilisation de soi. Elle provoque une crainte de la différence à cause de la relation rompue avec Dieu et entre l’homme et la femme. Ainsi on rejette ses responsabilités sur l’autre, tout en l’utilisant à ses propres fins.

Rejeter sa responsabilité sur l’autre : une idolâtrie

Cette sorte d’idolâtrie demande aux autres ce que Dieu seul peut donner : « acceptation totale, sens à notre vie, sécurité, direction, validation de nos opinions » …Elle se met à « la place de Dieu en prenant la responsabilité du bonheur de l’autre » (p. 35) ou en rejetant la responsabilité de sa propre émotion sur lui. Cette dépendance ou fusion émotionnelle perturbe certaines familles.

Le processus de la différenciation

Différenciation et responsabilité

L’auteur explique ensuite le processus de la différenciation de l’enfant et de la mère dès avant un an et jusqu’à l’âge adulte. Si la différentiation est réussie, elle devrait permettre « d’être responsable de sa propre vie et de laisser les autres prendre la responsabilité de la leur » (p. 36).

Cette différenciation de soi, « capacité d’être nous mêmes dans nos relations » (p. 37) dépend du degré de séparation de l’enfant avec les parents et des époux entre eux. Les différences de niveau de différenciation déterminent les relations du couple et des parents avec les enfants. La différenciation est contraire à la fusion où l’on croit qu’être proches, c’est être semblables » (p. 37). Ce n’est pas la vraie intimité où l’on « s’accepte les uns les autres » (p. 37).

Différentiation et acceptation des différences

Selon le degré de différenciation, on sera plus ou moins capable d’accepter des différences chez les proches. Certains le gèrent par la distance intérieure (psychologique) ou physique ». On opte soit pour la paix (« famille cohésive ») soit pour la vérité (« famille explosive ») (p. 39). Ce n’est pas le meilleur choix. L’indifférenciation provoque « la plupart des difficultés de relations entre deux personnes proches » (p. 40). La réactivité dépend de la dépendance émotionnelle vis à vis de l’autre et provoque le stress. Celui-ci augmente avec la dépendance et se manifeste par divers troubles dans le couple : mauvaise santé psychologique ou physique… anxiété malsaine vis à vis d’un enfant

Sur et sous fonctionnement dans le couple

« L’anxiété du couple se manifeste par un jeu de sur et sous fonctionnement » : l’un agit et prend des responsabilités « à la place de son conjoint » (p. 42). Sur ou sous fonctionner provoque le ressentiment d’en faire trop ou pas assez pour l’autre… Galates 6.2 et 5 montrent la différence entre le fardeau – une difficulté particulière que nous devons aider à soulager et la charge –la responsabilité normale – que chacun doit porter.

Dans le jeu « poursuite/distance », plus l’un (« le pot de colle ») cherche la proximité pour gérer son inquiétude, plus l’autre (« l’allergique » (p. 44) prend de la distance, pour les mêmes raisons. Arrêter d’être « collant » aiderait à ré égaliser la distance. Le stress d’un couple se manifeste aussi par divers dysfonctionnements : l’un sous fonctionne et l’autre sur fonctionne pour compenser.

Sous fonctionnement chez l’enfant

Cette indifférenciation se fixe aussi chez l’enfant. L’échec scolaire, les troubles de comportement ou de santé focalisent l’attention des parents dans un mécanisme « qui stabilise la famille aux dépens de l’enfant » (p. 46). Celui-ci ne trouve pas alors de raison de s’assumer correctement puisqu’on le fait pour lui. Parfois, l’enfant né dans une période de stress du couple devient le « bouc émissaire, critiqué pour tout » (p. 46). Il réussit alors moins bien que les autres.

A suivre

C.S.