Impact de la résurrection

Dans le chapitre 15 de sa première lettre aux Corinthiens l’apôtre Paul démontre l’impact de la résurrection, son importance fondamentale et même fondatrice pour l’Église et pour le chrétien. Et si nous ne fêtons qu’une fois par an l’événement de Pâques, c’est chaque jour jusque dans l’éternité que nous nous réjouissons, que nous vivons de ses conséquences.
Pour nous aider à nous affermir dans la vie nouvelle apportée par le Ressuscité, méditons sur trois des profondes nouveautés introduites par la résurrection pour le chrétien.

Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés, et par conséquent aussi ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes.

Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts; Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir réduit à l’impuissance toute domination, toute autorité et toute puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. 1 Corinthiens 1.17-25

1. Notre manière de voir la croix

Une annonce stupéfiante

Le ministère de Jésus se développe et dans les foules l’idée se fait jour qu’il pourrait être le Messie. Et voilà que Jésus annonce aux douze que ce ministère va connaître une fin brutale. Il va être mis à mort par les autorités religieuses du pays. Il ajoute même qu’il faut que les choses se passent ainsi! Difficile d’imaginer des paroles plus stupéfiantes, incompréhensibles, révoltantes !

Une annonce impossible à envisager

Comment envisager que leur Maître qui fait tant de bien, soit torturé à mort par ceux-là même qui avant tout autre, devraient reconnaître en lui le Messie attendu par tout Israël et lui réserver un accueil digne du Fils de Dieu ? Alors les disciples ou bien n’arrivent pas à entendre ces paroles, même quand il les répète, ou bien par l’intermédiaire de Pierre, ils s’insurgent pour dire qu’il ne peut en être question, qu’ils ne peuvent se résoudre à un tel scandale.

Une réaction compréhensible des disciples

S’ils se révoltent, c’est par affection pour lui, c’est par égard pour son ministère qui, comme celui de Jean-Baptiste, ramène les gens à ce qui est central dans la foi juive. C’est vrai aussi qu’ils ont complètement bousculé leur mode de vie pour se consacrer à plein temps à leur Maître. Alors que deviendront-ils, devront-ils peut-être même subir la même honte de la crucifixion ? Avant et pendant la Passion ce spectre effrayant de la Croix ne pouvait être qu’une intolérable injustice, la honte totale pour l’homme le plus noble qui ait jamais vécu sur terre. Et dire que le maître va résolument à Jérusalem, vers ce qui ne peut-être qu’un échec infamant, alors qu’à vues humaines c’est encore tout à fait évitable ! Et quand à Gethsémané ils voient même leur Maître aller au-devant de ses bourreaux, le désespoir et la panique les saisissent, tout leur semble perdu et ils ne pensent plus qu’à sauver leur propre vie, abandonnant le Maître.

Un échec apparent

L’histoire ultérieure abonde en déclarations soulignant cet énorme échec. Ses assassins se moquent : « Dire qu’il a sauvé les autres et qu’il est incapable de se sauver lui-même ! » Celse, un adversaire romain du christianisme, raillait cette religion d’esclaves qui prétend que le salut peut venir d’un supplicié sur une croix. Beaucoup, même au 21e s. s’insurgent contre cette religion sanguinaire qui continue à prôner un sacrifice sanglant.

Trois jours après, une majestueuse résurrection

Or cette mort tragique a été suivie, trois jours après, d’une majestueuse et irrésistible résurrection. Elle est attestée en particulier par les efforts désespérés des autorités pour la dissimuler. Et quelques semaines plus tard le langage des apôtres, leur vie-même est totalement transformée. La Croix n’est plus la chose horrible à laquelle on ne peut se résoudre à penser, elle est au centre d’une proclamation publique que Pierre fait à des milliers de juifs venus du monde entier. Pierre glorifie son Maître crucifié et ressuscité, il déclare que cette Croix faisait partie du plan éternel de Dieu et que Dieu a approuvé ce Jésus crucifié en le ressuscitant et en l’élevant dans la gloire. Paul s’écrie qu’il n’en a aucune honte, mais qu’il en est fier : 1 Corinthiens. 1.18, 21-24 ; 2.2.

Une nouvelle manière de voir la croix

Les retrouvailles heureuses avec le Seigneur ressuscité les ont fait reconsidérer la Croix à la lumière des déclarations précédentes de Jésus et de l’Ancien Testament à son sujet. Et voilà que cet affreux instrument de supplice romain devient le symbole-même de l’amour de Dieu pour l’humanité pécheresse. L’outil de la bassesse et de la perversité des hommes devient la démonstration de l’amour de Dieu, de sa volonté de pardon, de sa puissance de vie. Elle nous rappelle notre péché et notre condamnation, mais aussi que Jésus y a pris notre place et nous a ainsi entraînés par son amour dans une vie qui ne cessera plus, avec lui.

2. Suprématie du spirituel sur le matériel

Envisager la dimension spirituelle

Une des difficultés du Seigneur en annonçant la venue du royaume de Dieu, ce fut souvent d’arriver à amener son auditoire à quitter le niveau du tangible, du matériel pour envisager la dimension spirituelle des choses. Son public juif enfermait sa réflexion dans le domaine matériel, ce qui fait que le levain des pharisiens était le produit pour faire lever la pâte à pain qu’on achetait dans un magasin appartenant à un pharisien ; il ne comprenait que difficilement que c’était aussi bien la mentalité légaliste de propre juste typique des pharisiens qui se considéraient comme les seuls purs dans la peuple juif. Même un intellectuel comme Nicodème ne voit pas comment on pourrait naître de nouveau, puisqu’il faudrait, pour cela, retourner dans le ventre de sa mère.

Comprendre comment fonctionne la foi

C’est bien aussi le problème de notre culture athée française qui se vante de ne croire que ce qu’elle voit et considère comme irréel, illusoire tout ce qui n’est pas de ce niveau. Or si on comprend correctement Hébreux 11.1, on peut y voir le mode de fonctionnement de la foi, de ce que j’appellerai le sixième sens, propre au chrétien, qui lui permet de percevoir un monde de réalités complémentaire à celui des cinq sens. La foi lui ouvre là un domaine au moins aussi réel, riche et varié que le premier, mais profondément déterminant pour sa destinée éternelle et donc aussi terrestre. Et dire que ceux qui nient cette réalité se moquent de ce qu’ils appellent nos rêveries, notre irréalisme et se disent les seuls réalistes !

Priorité du spirituel, importance du matériel

Jésus exhorte ses disciples à chercher d’abord le Royaume de Dieu et sa justice = à donner la priorité à la dimension spirituelle de leur vie, à faire passer devant tout le reste ce qui a vocation éternelle. Mais il ne dit pas que les choses matérielles sont méprisables, sans importance, comme le déclare la pensée platonicienne grecque. Il n’en sous-estime pas l’importance, il veut simplement que ces choses matérielles ne masquent pas, ne fassent pas passer à côté de ce qui est prioritaire et même vital. Bien loin de mépriser le matériel, il dit que celui qui ordonne correctement ses priorités, recevra de Dieu lui-même le matériel en supplément. Oui, on peut aussi confier à Dieu de petits problèmes pratiques, Dieu en prendra également soin, puisqu’il s’agit toujours de ce qui concerne son enfant. Lorsque Jésus ressuscité reprend contact avec ses disciples, au bord du lac où ils ont pêché, il ne leur a pas préparé un grand exposé sur le ciel, mais un solide petit déjeuner et les invite même à y contribuer avec le produit de leur pêche (Jn 21).
La résurrection de Jésus apporte une confirmation éclatante à son enseignement sur la supériorité du spirituel sur le matériel, quand il disait de ne pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps, mais pas plus. Il est ressuscité, ses ennemis n’ont pas pu l’éliminer. Et comme il est ressuscité spirituel, ils n’ont même plus de prise sur lui.

Corps et âme créés par Dieu

Mais il est aussi ressuscité avec un corps. Et ce corps est un vrai corps, capable de manger comme le nôtre, avec en plus d’autres capacités que nous n’avons pas sur terre. Ce corps a autant de prix que l’âme aux yeux de Dieu qui les a créés l’un comme l’autre. C’est ce que Jésus avait déjà illustré dans son ministère, quand il libérait tantôt une personne de l’emprise spirituelle d’un démon, tantôt une autre handicapée physiquement par la paralysie ou une maladie. Il se préoccupe du corps comme de l’âme. Mais le corps n’a pas d’avenir sans l’âme et l’âme doit d’abord être régénérée pour que le corps puisse l’accompagner, transfiguré, dans la vie éternelle.

Vocation du chrétien : une sanctification progressive

Et parce que le spirituel prime sur le matériel, la vocation du chrétien sur terre, ce n’est pas d’abord d’être indemne de toute maladie, comme certains le prêchent. Ce n’est pas non plus d’être dégagé de tous les problèmes matériels, d’être riche, selon un enseignement à la mode dans certains pays. Certes Dieu peut accorder ces bienfaits, mais cela n’a rien de systématique.

Ce que Dieu attend du chrétien

En revanche ce qu’il attend de chaque chrétien sans exception et qu’il veut aussi accorder à chacun, c’est une vie de pureté, de sanctification progressives, en étroite relation suivie avec lui. « Sans la sanctification, nul ne verra le Seigneur ! » nous avertit-il en nous invitant à prendre sur nous son joug qui n’est pas pénible, car il est un Maître doux et humble de cœur. En effet il est aussi le Dieu qui ne se lasse pas de pardonner à ceux qui veulent vivre sous sa direction. La preuve en est justement la résurrection qui pose le sceau de l’approbation du Père sur l’œuvre d’expiation accomplie par le Fils.

Supériorité de l’amour sur l’égoïsme

Par son exemple pratique il avait aussi enseigné la supériorité de l’amour sur le souci de soi-même, la priorité du sacrifice pour autrui sur l’égoïsme obtus. Non seulement on ne l’a pas cru, mais on n’a pas supporté cette attitude et on l’a assassiné. Mais la résurrection confirme magnifiquement cette vision de la vie et la supériorité d’une vie consacrée aux autres, jusqu’au sacrifice. Il a démontré ainsi qu’une vie prend une valeur éternelle si elle n’a pas été fermée sur elle-même, mais consacrée aux autres.

3. Une toute nouvelle manière de voir Jésus-Christ

La résurrection a aussi conduit les disciples à voir Jésus sous une tout nouveau jour.

Un long chemin avant la croix

Jusqu’où étaient-ils parvenus avant la Croix ? C’est vrai qu’ils avaient parcouru un long chemin. Ce rabbin si atypique dont ils avaient fait leur Maître, ils l’avaient découvert comme homme, ils s’étaient attachés de plus en plus à cet enseignant qui vivait ce qu’il prêchait, qui s’inquiétait d’abord des personnes et non des coutumes culturelles ou religieuses. Ce qu’ils l’entendaient dire, ce qu’ils le voyaient faire, les a peu à peu amenés à l’idée qu’il devait être le Messie, à une conviction au moins intellectuelle, comme Pierre va l’exprimer au nom de tout le groupe.

L’intervention du Saint-Esprit

Mais ce n’était pas encore une certitude spirituelle, qui transforme la vie de celui qui la porte. Pour cela il a fallu ce dont nous avons besoin, nous aussi : Luc 24.45-47.

Cette intervention du Saint-Esprit après la résurrection change totalement leur perspective. Jésus n’est plus seulement le Messie d’Israël, il est désormais, comme le confesse Thomas, mon Seigneur et mon Dieu, dans une relation personnelle d’une qualité toute nouvelle. Chacun désormais parle du Seigneur Jésus-Christ, une désignation nouvelle, et lui-même les appelle maintenant ses frères.

Pas seulement servir  le Christ mais l’accueillir

Il ne s’agit plus seulement de le servir extérieurement comme Maître, mais de l’accueillir dans l’intimité de sa vie comme l’inspirateur de toute chose, comme celui qui dirige de l’intérieur et fait de plus en plus ressembler à lui-même la personnalité qu’il anime ainsi. Ce cheminement de purification, de sanctification progresse selon le mot d’ordre « Christ en nous, l’espérance de la gloire ». La conversion l’a greffé sur Christ, il va s’enraciner peu à peu en lui par un lien organique qui le fait croître en Christ et porter des fruits pratiques.

Jésus-Christ chef de l’Eglise

La Croix et la résurrection ont aussi fait de Jésus le premier-né d’entre les morts, la tête de file d’une humanité nouvelle, le chef d’un peuple de Dieu d’un nouveau genre, la tête du corps qu’est l’Église. Habités par le Christ, comme on vient de le voir, et animés de son amour qui les a régénérés, les membres de cette Église répandent la bonne odeur du Christ en paroles et en actes, faisant grandir ainsi de plus en plus ce nouveau peuple de Dieu.

Majesté cosmique du Christ

A ces deux dimensions nouvelles sur le plan individuel et communautaire la résurrection ajoute aussi la découverte de la majesté cosmique de Jésus comme Co-créateur : Colossiens 1.15-20 ; Ephésiens 1.10,14c. Ce sont là de courts extraits de deux développements où Paul élève son regard à l’impact universel de l’œuvre de Jésus à la Croix, à l’effet produit par la victoire de la Croix sur la totalité de la Création. On retiendra juste quelques points majeurs :

– toute la Création a été faite en lui, par lui et pour lui : il est sa raison d’être, donc aussi la mienne ;
– il en est le Premier-né = il est au-dessus de tout ce qui existe, avec le rang le plus élevé qui soit ;

Un ré-agencement de l’univers, centré sur le Christ

– dans le plan de Dieu tout l’univers sera dirigé vers lui en un complet ré-agencement, une toute  nouvelle organisation de toute chose centrée sur lui, comme tête de la Création ; tout cela est devenu possible parce que par sa Croix il a éliminé le corps étranger du péché ;
– en lui réside pleinement et corporellement l’infinie richesse de Dieu = il est donc dans la nouvelle Création réorganisée celui qui constitue en lui-même la parfaite présence de Dieu.
Dans l’Ancienne Alliance le croyant trouvait sa raison d’être dans sa fidélité à l’alliance établie par Dieu avec son peuple, il pouvait alors même être appelé l’ami de Dieu. Dans la Nouvelle Alliance Dieu accorde au chrétien une nouvelle nature, celle d’enfant de Dieu en qui il vient faire sa demeure avec son Fils. Celui-ci est le garant d’une alliance meilleure (Hébreux 7.22), parce qu’elle n’est plus à la merci de la fragilité et de l’infidélité des hommes.
Tout désormais est centré sur l’œuvre de Jésus à la Croix et sur sa résurrection. Il est pleinement Dieu, mais aussi parfaitement homme et se trouve donc dans une relation toute nouvelle et plus étroite avec la nouvelle création qu’il préside et où nous sommes, avec tout ce qui existe, ceux qui célèbrent sa gloire.

J.J.S.

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