Le Dieu unique et les accidents de parcours du monothéisme dans l’Ancien Testament

Dans le premiers temps de l’Eglise chrétienne, toute personne qui se convertissait  à Jésus-Christ devait se conformer au principe de base du monothéisme, c’est à dire la foi en un Dieu unique. Le polythéisme, lui, croit en une multiplicité de dieux.

Pour le Juif, le monothéisme est le principe fondateur de la révélation de l’Ancien Testament. Mais en réalité, la pratique n’avait pas toujours suivi. On se conformait à à la Loi de Moïse qui garantissait le monothéisme,  mais en cachette on pratiquait l’idolâtrie . Certains rois et une grande partie de la population rendaient un culte à diverses divinités, malgré les sévères avertissements des prophètes.

Dans les dernières décennies des deux royaumes, d’abord Israël au Nord, ensuite Juda au Sud, des rois s’étaient  livrés à l’idolâtrie, par calcul politique. Il s’agissait de plaire ou surtout de ne pas déplaire aux puissants rois assyriens ou babyloniens qui les dominaient politiquement et les influençaient religieusement.  Cette idolâtrie avait été dénoncée à de nombreuses reprises par les prophètes, en particulier par Jérémie.

Les prophètes espéraient le retour à une adoration sincère et authentique du Dieu véritable. Mais le point de non retour dans la désobéissance idolâtre avait été atteint. Elle avait provoqué la destruction du Temple de Jérusalem et l’exil de la population vers Babylone en 586. Après les 70 ans d’exil, le monothéisme avait fini par s’ancrer dans la pratique.

A l’époque de Jésus-Christ, le monothéisme de l’Ancien-Testament était bien établi et revendiqué face à toute autre manière de percevoir le divin

Les divinités multiples des traditions païennes

Pour le païen, attiré par le christianisme, il s’agissait d’accepter et d’intérioriser une notion opposée à sa conception traditionnelle du divin. Pour les couches populaires, le monde était peuplé d’une multitude de divinités, comme Zeus, Apollon, Minerve etc.  Celles-ci reflétaient simplement les habitudes et les défauts des humains. Elles les multipliaient et  les exacerbaient au gré de leur puissance et souvent de leur malfaisance.

Les intellectuels, eux,  étaient partagés entre deux visions du monde.  Le dualisme platonicien présentait un monde spirituel réel et bon opposé à un monde matériel irréel et mauvais, qui aurait été créé par une divinité inférieure.   Pour le panthéisme stoïcien, il y avait un Dieu qui englobait tout l’univers. Donc plus de distance entre Dieu et l’homme qui possède une étincelle du divin.

Une équation insoluble :

Au Juif qui pratique un monothéisme exclusif, et aussi au païen qui prend des apôtres du Christ pour des divinités païennes, comme cela s’est passé à Lystre.

À Lystre se trouvait un homme paralysé des pieds : infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher.
Il écoutait les paroles de Paul. L’apôtre fixa les yeux sur lui et, voyant qu’il avait la foi pour être  sauvé, il lui commanda d’une voix forte :– Lève-toi et tiens-toi droit sur tes pieds ! D’un bond, il fut debout et se mit à marcher. Quand ils virent ce que Paul avait fait, les nombreux assistants crièrent dans leur langue, le lycaonien : – Les dieux ont pris forme humaine et ils sont descendus parmi nous.
Ils appelaient Barnabas Zeus, et Paul Hermès parce qu’il était le porte-parole.
 (Actes 14.8-11)

Alors se pose une équation insoluble au premier abord :

Jésus-Christ=à la fois homme et Dieu ?

« Jésus est le Messie, le Seigneur ». Jésus, un Juif de Nazareth, un homme semblable aux autres, vivant dans une famille connue d’une petite ville, serait l’envoyé choisi par Dieu de toute éternité. Il serait « le Fils de l’Homme assis à la droite de la puissance de Dieu et venant sur les nuées du ciel » (Matthieu 26.64). Jésus serait Seigneur au même titre que Dieu. Jésus serait Dieu !

Le Saint-Esprit=Dieu ?

En même temps, le salut promis par Dieu, réalisé par Jésus Christ, s’inscrirait dans la vie du chrétien grâce à un troisième acteur, le Saint-Esprit, de même nature divine que les deux autres. Mais alors, qu’est ce qui permet de dire que Jésus-Christ, cet homme, appelé Dieu ou Seigneur, soit d’une nature totalement différente des divinités païennes ?

Monothéisme trinitaire et pluralité des personnes

Un double défi pour le juif et le païen

– faire comprendre au Juif que le monothéisme trinitaire est compatible avec une certaine notion de pluralité sans tomber dans le polythéisme

– montrer au païen, enclin à accepter une multiplicité de divinités, quelle est la spécificité de la Trinité biblique aussi bien dans son principe que dans ses personnes.

Une oeuvre de salut commune à trois personnes, mais conçue par un seul Dieu

Si l’oeuvre de salut opérée conjointement par les trois personnes peut être un indice fort de leur divinité commune, comment reconnaître que cette unité a son origine en un seul Dieu ?

Comment concilier alors cette pluralité de personnes et par conséquent d’actions avec un monothéisme de principe ?

Spécificité du monothéisme

– dans  l’Ancien-Testament

Il est nécessaire pour cela de retourner d’abord au monothéisme fondateur dans l’Ancien Testament.

« Ecoute Israël, l’Eternel, notre Dieu est l’unique Eternel » (Deutéronome 6.4), est repris par « c’est l’Eternel qui est Dieu. Il n’y en a pas d’autre» (Deutéronome 4.35 et 39) et par Ésaïe 46.9 « Car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre. Je suis Dieu, et nul n’est semblable à moi ».

Ces textes insistent sur le caractère unique et spécifique de Dieu face à la tentation du multiple. Spécificité parce qu’il n’existe qu’un seul vrai Dieu, l’Eternel qui a révélé son nom à Moïse. « Je suis celui qui suis ».

Il est le seul qui possède tous les attributs de la divinité. Il n’est pas un dieu parmi les autres, le plus important peut-être, mais c’est « JE SUIS ». Et il revendique d’être le seul qui existe, à l’exclusion des autres.

– dans le Nouveau Testament

Ce principe est confirmé dans le Nouveau Testament. Au scribe juif qui l’interroge à propos du plus grand des commandements, Jésus reprend la proclamation monothéiste de Deutéronome 6.4

« Ecoute Israël, l’Eternel, notre Dieu est l’unique Eternel ».

A trois reprises, en contexte païen, Paul affirme lui aussi « qu’il n’y a qu’un seul Dieu ».

  • face à la multiplicité des idoles de Corinthe :

Nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu. (1 Corinthiens 8.4)

  • quand il exhorte les croyants d’Ephèse à l’unité :

Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous, qui agit par tous et qui est en tous. (Ephésiens 4.5-6)

  • quand il recommande à Timothée de prier pour tous les hommes :

Car il (Dieu) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. En effet, il y a un seul Dieu, et de même aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, un homme : Jésus-Christ (1 Timothée 2.4-5)
A  suivre
C.S.