Découvertes archéologiques

Le chapitre III, Ebla, reine de la Syrie ancienne tient compte des dix années de fouilles et de découvertes archéologiques.  Sur le site de Tell Mardik, elles ont été effectuées depuis 1964  par la mission archéologique italienne dirigée par le professeur Matthiae.
Kitchen donne une description détaillée de la ville avec une reconstitution de son histoire, c’est à dire de ses occupations successives.

Tell Mardik ou Ebla

Un fragment de statue découvert en 1968 comportant une dédicace du roi d’Ebla à la déesse Ishtar permet de se demander si le site de Tell Mardik est celui d’Ebla. Les données historiques et géographiques paraissent correspondre à Ebla. Elles sont acceptées comme telles par les responsables de l’expédition mais cette identification a provoqué la division parmi les savants du monde entier.

Liste du patrimoine mondial en Syrie

(Dura-Europos) Ebla (Tell Mardikh) Idleb Culturel (iii), (vi) 1999 1293 35° 47′ 53″ Nord 36° 47′ 56″ Est / 35.798, 36.799 (Ebla (Tell Mardikh)) L’île d’Arouad

Tablettes cunéiformes à Ebla

En 1974-75, sont découverts un nouveau palais et 42 tablettes et fragments de tablettes en argile avec des inscriptions cunéiformes datant de 2300 environ avant J.-C. Sur ces tablettes, sont gravées des listes de fonctionnaires, des textes administratifs des contrats de vente, des listes de lois et des contrats de mariage. Et aussi des textes historiques, comme la correspondance entre des hauts fonctionnaires pour des affaires de l’Etat.

Rois et rivalités

L’auteur fait ensuite une relation détaillée des différentes phases de la rivalité entre Ebla et l’empire d’Akkad qui s’étendait sur toute la Mésopotamie. Un tableau à la page 60 donne la liste des rois ayant régné à Ebla, Mari, Akkad et en Assyrie.
Les pages suivantes développent ce qui concerne les rois d’Ebla avec leurs conquêtes et leurs défaites, les traités passés avec leurs vassaux, les opérations commerciales de grande envergure. On retiendra la défaite et la destruction de la ville par Naram Sin, dernier roi d’Akkad. Son empire s’écroula à son tour une dizaine d’années après.

Naram-Sin d’Akkad — Wikipédia

Naram-Sin ou Naram-Suen (« aimé de Sîn ») est un roi d’Akkad qui régna de 2254 à 2218 av. J.-C. (ou plus tard vers 2202-2166 av. J.-C.). Naram-Sin, fils de …

Ebla, troisième berceau de civilisations anciennes à côté de l’Egypte et de la Mésopotamie successivement détruite puis reconstruite n’était plus qu’un simple village à l’époque hellénistique.

Des écoles de langues

L’auteur illustre sa démonstration par des éléments de civilisation et de culture :
Des écoles existaient à l’époque : tablettes avec listes de mots par catégories, paradigmes de verbes, lexiques. Leur étude permettra de retracer le début de l’histoire des mots d’hébreu biblique et des langues voisines comme l’ougaritique et le phénicien (p. 65)

Ebla et l’Ancien Testament

Il développe l’histoire des relations entre Ebla et l’Ancien Testament dans le domaine linguistique (1) et onomastique (2). Le groupe sémitique occidental a une histoire ancienne de 2500 ans et les spécialistes n’ont plus lieu d’attribuer comme au début du 20ème siècle, une origine tardive aux mots hébreux.

Il signale aussi que le Professeur Pettatino, membre de l’expédition archéologique a trouvé des ressemblances entre les noms propres d’Ebla et ceux de personnages bibliques. Ainsi, Eber, Israël, Ismaël et autres noms courants dans la Bible sont portés par des êtres humains et non par des dieux ou des personnages légendaires.
Les dieux cananéens cités dans l’Ancien Testament voient leur histoire prolongée jusqu’au 3ème millénaire avant J.-C. Le plan du Temple d’Ebla se retrouve dans ceux de Syrie Palestine.
L’organisation des cultes, les sacrifices, les rites ont une caractéristique constante dans tout le Proche-Orient ancien de la Préhistoire à l’époque gréco-romaine…

Ebla, une confirmation de la réalité du monde biblique

Le chapitre sur Ebla peut être qualifié de passionnant. Les découvertes archéologiques permettront au lecteur de découvrir et d’apprécier des données encore ignorées ou peu connues. Il  pourra alors les rapporter au domaine de la Bible et de son environnement. L’ancienneté d’Ebla éclaire ainsi utilement le contexte historique de la Bible, en particulier celui des langues sémitiques occidentales. Cependant il faut attendre une étude approfondie des documents eux-mêmes.
L’ existence d’une aussi grande civilisation, aussi avancée dans son architecture avant les débuts de l’âge historique, le grand nombre de vestiges retrouvés est une confirmation éclatante. Le monde biblique n’est pas une reconstruction théorique ou imaginaire mais il s’inscrit dans la réalité et la durée.

Les découvertes de Tell Mardikh – Ebla et la Bible

Les découvertes de Tell Mardikh – Ebla et la Bible. L’étude de la Bible ressemble souvent à une longue marche en montagne. Il faut d’abord parcourir des …

Pertinence du récit biblique

Les limites de la méthode historico-critique

Des données négligées et une théorie contestable

Dans le chapitre IV, Les « Pères fondateurs » en Canaan et en Egypte et en particulier dans le premier sous-titre Un siècle de controverses : Pères fondateurs ou personnages fictifs? Kitchen pose d’emblée les limites de la méthode historico-critique allemande du 19ème siècle. Pour Wellhausen en 1927 et pour Eisfeld en 1965, l’histoire des Pères fondateurs ou patriarches a été écrite à une époque plus tardive de 1000 ans et refléterait cette époque. Elle a ensuite été renvoyée dans le passé. Pour Gunkel, ce sont des légendes à propos de tribus personnifiées.

Kitchen reconnaît à ces écrivains critiques une fonction de clarification. En effet « ils dénoncent les mauvais arguments. Ils insistent aussi sur la nécessité de prendre en considération toutes les époques (et pas uniquement le 2e millénaire) » à propos du contexte des récits patriarcaux.
Mais, remarque-t-il, ils négligent en réalité les données du 2e et du 3e millénaire pour s’attacher exagérément aux données du 1e millénaire. Ils soutiennent aussi « avec des arguments tortueux et saugrenus« (p. 82) la théorie contestable selon laquelle les patriarches sont des fictions imaginées 1000 ans après.

Les patriarches : des personnages vraisemblables dans un contexte réaliste

Evoquant les chapitres 11 à 50 de la Genèse, Kitchen retrace brièvement l’histoire d’Abraham et de ses descendants. Il relève certaines constantes : tous ces personnages « sont de simples êtres humains » (p. 86) et les récits de la Genèse sont les seuls documents les concernant.

Il accorde au chercheur le droit de « choisir entre différentes options au sujet de la nature de ces récits » (p. 87) : soit de la fiction, soit des faits historiques, soit des récits concernant des personnages réels, embellis et améliorés au cours des siècles.
Il admet l’absence de preuves directes à propos de l’existence des patriarches (si on exclut le récit biblique). Mais il appelle à une comparaison avec les documents du Proche-Orient ancien.

Etude du contexte littéraire des récits bibliques détaillée et pertinente

En Egypte, il distingue en premier lieu les autobiographies historiques, ensuite les légendes historiques rédigées longtemps après à propos de personnages historiques célèbres, enfin les histoires purement imaginaires. Il retrouve les mêmes schémas en Syrie Palestine et en Mésopotamie.

Pas de merveilleux légendaire mais réalisme

Mais les textes concernent les patriarches, leur vie courante, leurs réalités quotidiennes n’ont rien à voir avec le merveilleux légendaire. Ils portent des noms réels et vivent dans des endroits réels.
Il insiste sur le réalisme des situations, le style simple, non épique. Ces récits qu’il classe entre « la première et la deuxième catégorie des récits du Proche-Orient ancien sont plus proches de récits historiques que de récits légendaires ».
Posant la question de l’existence historique des patriarches, il les place par déduction au 17ème siècle et avant leur entrée en Egypte.

Les écrits bibliques, une transmission fidèle des traditions patriarcales

A propos de la date de rédaction des écrits, il critique la position minimaliste, qualifiée de désuète. Elle réduit la rédaction des écrits à de vagues traditions regroupées après coup beaucoup plus tard, sous la monarchie. Il lui reproche de ne pas tenir compte de phénomènes anciens, de ne pas mesurer les différences avec les récits légendaires.
Il suppute que les récits bibliques, proches du genre historique ont été composés à une date ancienne qu’il situe avec une certaine hésitation au 13ème siècle. Il envisage de manière positive le problème de la fidélité de la transmission des traditions patriarcales. Il utilise une approche comparative des listes d’ancêtres, en particulier royales mais aussi privées en Assyrie, Anatolie, Syrie, Egypte à partir du 2e millénaire avant J.-C.

Transmission exacte des noms et des traditions

Il apprécie aussi l’exactitude de la transmission des traditions, dans le domaine des noms propres, courants dans toute la région au 2e et parfois au 3e millénaire, dans celui des coutumes sociales et juridiques et dans celui du statut conjugal et familial et des héritages en milieu polygame.

Il établit ainsi des rapprochements entre ces coutumes et les récits ayant rapport à la descendance d’Abraham. Il rejette de prétendus parallèles avec les textes de Nuzi ainsi que la comparaison entre la transaction de Sarah et d’Abraham à propos d’Hagar, avec un mariage assyrien du 7ème siècle considéré seulement comme récit parallèle.

Peuple hébreu et civilisations voisines

Le chapitre se termine par l’entrée d’Israël en Egypte avec Joseph qu’il situe dans la première moitié du 2ème millénaire : prix des esclaves, utilisation comme intendant, rôle des rêves, blé et les famines correspondent aux données égyptiennes de l’époque.

L’intérêt de ce chapitre tient aux relations précises que l’auteur établit entre le peuple hébreu et les civilisations voisines. Monuments, palais, inscriptions, poteries, manuscrits et autres documents sont les témoins d’un monde consistant qui naît, évolue et disparaît. Mais il laisse assez de traces pour que le chercheur futur puisse y reprendre ses investigations.

C.S.

(1) Etude du langage
(2) Etude des noms propres

Un archéologue à Ebla

Quarante ans après ses premières fouilles, l’Université La Sapienza et l’ Accademia dei Lincei de Rome ont consacré deux journées au Professeur Matthiae, …