Archéologie et histoire

Dans les derniers chapitres de son livre Traces d’un monde, Bible et archéologie, Kitchen passe en revue les événements vécus par le peuple juif du 6e s avant J.C au 1e s. de notre ère. De nombreux témoignages provenant de divers sources montrent l’existence de liens plus ou moins forts entre archéologie et histoire.

Le déplacement de populations, une arme économique et politique

Dans le chapitre VIII, l’exil et le retour, Kitchen signale des peuples déplacés dès le 13e s. par les souverains d’Assyrie et d’Egypte. Il démontre que l’exil, le déplacement de populations vaincues est un procédé relativement courant. C’est une arme économique et politique (p. 184). L’exil des Israélites à Babylone n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Rejet de la théorie d’une création littéraire a postériori

Il rejette aussi la théorie prétendant que les avertissements du Lévitique et du Deutéronome ont été écrits seulement après l’exil.
Cette période de 70 ans aurait été, selon certains théologiens, « l’âge d’or de la création littéraire de l’Ancien Testament où presque tout aurait été recueilli, inventé, écrit pour la première fois ». (p. 185).r

Un procédé littéraire pour faire revivre les souvenirs

Kitchen l’explique ainsi. Ce retour au passé n’est qu’une manière extérieure de faire revivre des souvenirs. A Babylone on utilisait une graphie archaïque sur des monuments ou des textes commémoratifs mais dans l’administration, on pratiquait l’écriture courante.

A cette époque-là, on n’invente pas. On conserve et on recopie : ainsi, « en Mésopotamie, des œuvres akkadiennes classiques et même le code d’Hammourapi, depuis longtemps périmé ». (p. 186). La mode n’est donc pas à la création mais à la conservation.

Comment expliquer alors qu’un peuple vaincu et asservi ait pu produire une œuvre littéraire d’une telle originalité ? Il y a eu des œuvres littéraires hébraïques au 8e s. avant J.-C., d’une qualité certaine, mais en nombre limité.

Le retour d’exil

L’âge d’argent retrace les péripéties du retour des exilés juifs dans leur pays. L’auteur ajoute des détails intéressants aux récits d’Esdras et Néhémie. Ces précisions proviennent de documents archéologiques à propos d’ennemis de Néhémie, comme Sânballat, Tobiya, et Guèshem « l’Arabe».

Une revendication d’identité

A la fin du chapitre, Kitchen établit des parallèles entre le livre des Rois et le Livre des Chroniques, écrit pendant l’exil. Il définit ce dernier ouvrage comme un témoignage d’espérance et de foi. Un peuple privé d’indépendance a voulu continuer à affirmer son identité. De même en Mésopotamie et en Egypte, des compilations permettent de conserver des traditions politiques et religieuses très anciennes.

Un survol de plusieurs siècles

Le chapitre IX, Lorsque les temps furent accomplis, évoque en moins de deux pages les conquêtes d’Alexandre le Grand, les royaumes hellénistiques, la résistance des Macchabées, enfin la domination romaine sur tout le Proche-Orient.

Les manuscrits de la Mer Morte

Le reste du chapitre est presque totalement consacré aux Manuscrits de la Mer Morte. L’auteur cite rapidement la traduction des LXX, en grec, et signale l’émergence de plusieurs partis rivaux dans le Judaïsme.

 

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Manuscrits de la mer Morte — Wikipédia

Les manuscrits de la mer Morte, également appelés manuscrits de Qumrân, sont une série de parchemins et de fragments de papyrus bibliques retrouvés entre …

Les Esséniens et Qumran

Il consacre le développement le plus important aux Esséniens retirés au nord Ouest de la Mer Morte. Au moment de la guerre avec les Romains, (66 –67 après J.-C.) les membres de la secte cachèrent dans des grottes à Qumran de nombreux manuscrits. On les a retrouvés seulement en 1947.
Il classe les Rouleaux de la Mer Morte en quatre catégories. Les deux premières concernent plus particulièrement l’Ancien Testament, et les deux dernières sont relatives au mouvement essénien lui-même.

Une confirmation de la fidélité du texte hébreu

Les Manuscrits de la Mer Morte ont apporté une contribution importante à l’étude de la Bible. Ils ont confirmé  la fidélité du texte hébreu et le soin dans la recopie  des manuscrits. L’auteur reconnaît la supériorité du texte hébreu sur les Manuscrits mais il souligne l’importance de ceux-ci pour l’interprétation.

Le contexte culturel et religieux était commun dans le judaïsme. Mais les comparaisons hâtives entre les Manuscrits et le Nouveau Testament ne résistent pas à un examen sérieux.

Une confirmation de la fiabilité du Nouveau Testament

La découverte de manuscrits anciens et de nombreux autres témoignages confirme la fiabilité du contenu et des dates du Nouveau Testament.
Ce sont les écrits les mieux attestés de toutes les œuvres classiques grecques et latines. On compte environ 5000 manuscrits entiers ou partiels, dont l’auteur donne quelques exemples.

Il cite ensuite les découvertes de Sir William Ramsay en Asie Mineure et les fouilles archéologiques à Jérusalem et à d’autres emplacements aussi bien en Judée qu’en Grèce. Ces documents renforcent la valeur historique des écrits du Nouveau Testament, en particulier ceux de Luc dans son Evangile et dans le Actes des apôtres.

Un voyage à travers les siècles et les civilisations

A la fin de son ouvrage Kitchen évoque l’étendue de son entreprise : faire voyager le lecteur à travers des siècles, des millénaires même, dans une dizaine de civilisations au contact de celle des Hébreux.
Il souligne plusieurs points importants :et la nécessité d’une confirmation réciproque du document écrit et du document muet.
Il insiste ensuite sur la nécessité de tenir compte de toutes les sources anciennes, y compris les Ecritures, qui ont aussi le titre de documents

Le but de l’archéologie, une représentation fidèle et impartiale du monde antique

Dans la conclusion, il rappelle que le but de l’archéologie, n’est pas de prendre parti pour ou contre un document, en particulier la Bible. Il s’agit plutôt de fournir au chercheur une représentation la plus fidèle possible du monde antique. Enfin, il faudrait traiter de manière impartiale toutes les données archéologiques, bibliques ou autres. Cela demande un esprit critique véritable, qui évite de tirer à tout prix des conclusions définitives.

C.S.