Approche chrétienne et responsable de l’estime de soi

L’Évangile invite le chrétien à une approche chrétienne de l’estime de soi, … qui accepte les thérapies séculières justes, comme « un effet de la grâce commune ».

Relation avec Dieu faussée par le péché

Le péché, désir d’être comme Dieu, « refus d’admettre les limitations humaines », fausse notre relation avec Dieu et notre perception de nous-mêmes. Une affirmation des valeurs humaines non fondée en Dieu, est incompatible avec la foi chrétienne. Le péché n’est pas « un manque d’accomplissement de soi » mais une rupture avec Dieu que seule la croix du Christ peut rétablir.
Le monde est affecté par le péché parce qu’il est rempli de pécheurs, « qui ne s’intéressent qu’à eux-mêmes et à leurs intérêts proches ou lointains », même si cet égoïsme suscite en eux des sentiments de culpabilité.

Limites du raisonnement rationnel

Certaines thérapies séculières rejettent les sentiments de culpabilité et la repentance pour promouvoir une santé mentale fondée sur la raison. Mais « le raisonnement rationnel » n’empêche ni l’immoralité…ni l’inacceptable, comme les camps nazis ou autres exactions plus actuelles… Mieux vaut le réalisme biblique à propos de la nature humaine séparée de Dieu par le péché mais invitée, par la foi en l’œuvre du Christ, à retrouver la communion avec lui et de bonnes relations avec les autres, que le rejet de la repentance par les thérapies séculières qui empêche « de faire face au passé », de le savoir résolu et de recevoir le pardon.

Réalisme chrétien

Contrairement à un optimisme sans fondement, le « réalisme chrétien » reste lucide devant la réalité et la gravité du péché. Il insiste sur le renoncement à soi, central « dans toute pensée chrétienne relative à la sainteté » et s’oppose à la recherche de l’autosuffisance, « caractéristique de la nature déchue », renforcée par la société occidentale moderne, avide de réussite individuelle à tout prix, vue comme une « composante vitale de l’estime de soi » par la place qu’elle peut procurer dans la société.
Pour S. Augustin, « notre liberté naturelle est un autonomie contrefaite » C’est en servant Dieu que nous sommes vraiment libres.
Pour le chrétien en effet, l’échec peut contribuer à une meilleure connaissance de soi-même, de sa faiblesse, pour placer sa confiance en Dieu plutôt qu’en ses capacités . Pour la doctrine chrétienne de la grâce, « notre acceptation, par nous-mêmes ou par Dieu ne dépend, en aucun cas de ce que … nous faisons ». Par la croix, « Dieu supprime » la culpabilité qui nous aliénait, et « il affirme notre valeur » en dehors de tout mérite. …

La croix, fondement objectif de l’estime de soi

Comment Dieu peut-il pardonner le péché, une transgression si grave et si profonde de l’ordre moral et légal qu’elle a perverti la création et conduit à la crucifixion ? Seule l’intervention divine peut sortir l’homme et la nature de cette accumulation aliénante de péché et de culpabilité.
La croix permet cette libération, en changeant notre relation avec Dieu, en enlevant la barrière de séparation pour nous réconcilier avec lui. Dieu seul a pu ôter « la culpabilité et la puissance du péché de l’homme ». Par la foi, nous recevons « tout ce que le Christ a acquis par la croix, le pardon total et gratuit des péchés », et sa justice parce que nous faisons partie de l’alliance qu’il représente entre Dieu et l’humanité.
L’Évangile reconnaît la réalité et la gravité du péché, mais il y répond par la croix, « support objectif de l’estime de soi chrétienne » et fondement de la justification par la foi qui consiste à « accepter d’être accepté tout en étant inacceptable »

Lien entre l’oeuvre de Dieu à la croix et l’estime de soi

Quelques images du Nouveau Testament explicitent le lien entre l’œuvre de Dieu à la croix et l’estime de soi. L’image de la rançon payée par le Christ pour nous libérer du péché et de la mort montre notre valeur devant Dieu ; de même la réconciliation « avec un Dieu connu et aimé permet « d’affronter l’avenir ». Comprendre la portée du salut, délivrance du péché et restauration de l’intégrité de la personne, « peut nous valoriser selon une optique chrétienne correcte ».

Le péché n’a pas « définitivement tué l’idée d’estime de soi

Pécheurs pardonnés, en voie de renouvellement, nous pouvons avoir « une certaine estime de nous-mêmes en nous projetant dans notre avenir de racheté complet, au-delà de notre condition présente de pécheur ».
La justification par la foi dépend de deux causes extérieures : l’œuvre du Christ et la foi, « produite … par Dieu », qui excluent l’idée de se justifier par des performances. Elle permet « une relation adéquate avec Dieu » et nous accorde de la valeur devant lui.
« L’existence du péché – reconnu et confessé – n’annule pas notre statut de chrétien ». Mais il faut abandonner l’idée irréaliste de se croire parfait et de considérer l’imperfection comme une tare inadmissible.
Nous pouvons reconnaître notre imperfection tout en nous réjouissant de notre transformation future à l’image de Jésus Christ. Avoir conscience du péché exprime l’équilibre entre la lutte incessante contre le péché et la justification par la foi.

C.S.